Hervé ou le blues de l’ado

Au théâtre de la Reine blanche, le comédien Johann Cuny incarne un collégien qui peine à écrire un poème sur son quotidien.
Hervé par Johann Cuny © Lisa Lesourd
Hervé par Johann Cuny © Lisa Lesourd

Dans Hervé, une pièce coécrite avec Adrienne Ollé, actuellement au théâtre de la Reine blanche, le comédien Johann Cuny incarne un collégien qui peine à écrire un poème sur son quotidien. Un passage par l’écrit à la fois drôle et sombre pour évoquer le malaise adolescent.

« Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre… Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs. » Hervé, 15 ans, ne sait que faire de cette phrase extraite des Lettres à un jeune poète, de Rainer Maria Rilke. C’est le sujet de « Poésie en liberté », un concours national auquel sa prof, dont il est amoureux, l’a inscrit. Mais Hervé sèche devant son ordinateur…

Réseaux sociaux

Sur un texte coécrit avec Adrienne Ollé, le comédien Johann Cuny parle avec finesse de l’art et de la difficulté de rédiger de la poésie. Mais ce point de départ sert surtout à mettre en lumière une phase de la vie compliquée.

Johann Cuny, 28 ans, campe avec brio un adolescent qui ressemble à beaucoup d’autres. Les intonations de voix (réjouissantes quand il imite l’accent allemand pour se moquer de Rilke), les rages, les exagérations : tout sonne vrai. Même s’il ne parvient pas à écrire une ligne, Hervé parle une langue riche et d’une drôlerie désespérée. Après l’exécution d’un rap quand ses parents (ils s’appellent Claude et Claude, l’horreur) daignent enfin le laisser tranquille, il regarde sur un célèbre réseau social (primordial dans la vie des ados) ce que ses amis du lycée ont bien pu écrire. On gardera pour nous sa réaction, mélange typique de jalousie et d’impuissance.

Poète maudit

Un tutoriel qu’il poste sur Internet où il pose les bases de la rédaction d’un sonnet, une chanson triste de Barbara pour se mettre dans l’humeur : rien ne fonctionne. Mais si Hervé peine autant à s’exprimer, c’est qu’il pense que sa vie ne mérite pas d’être mise en mots. À quoi ça rime de raconter qu’il étouffe dans une ville de banlieue morose où les gens, selon lui, ne font que consommer et où la culture n’est pas valorisée ?

Le ton se fait plus sombre encore quand Hervé s’imagine en poète maudit (belle référence à John Kennedy Toole, auteur tourmenté de La Conjuration des imbéciles). Arrive la tentative de suicide, autre fantasme pour se valoriser et se sentir aimé, avec reportage à la télé et hommage de l’écrivain nihiliste Michel Houellebecq. C’est une nouvelle fois bien vu, dans cette pièce au ton juste, de bout en bout.

Magali Hamard

Hervé, à découvrir au Théâtre de la Reine Blanche jusqu’au 3 janvier 2019

Partager cet article :