Peau d’âne au Théâtre Marigny

Fermé depuis cinq ans pour travaux, le Théâtre Marigny rouvre ses portes avec Peau d’âne, le film culte de Jacques Demy adapté par Emilio Sagi, sur une musique de Michel Legrand. Une féerie musicale et spectaculaire.
Peau d'âne au Théâtre Marigny © Julien Benhamou
Peau d'âne au Théâtre Marigny © Julien Benhamou

« Amour, Amour, je t’aime tant… » Quand Marie Oppert entonne au piano la chanson de l’Amour, l’alchimie opère. Sa voix gracieuse, son jeu solaire, sa chevelure d’or allègent l’insoutenable poids du film. Le défi pouvait sembler au départ irréaliste. Pas pour Jean-Luc Choplin, nouveau directeur du Marigny, qui a redonné toutes ses lettres de noblesse à la comédie musicale lorsqu’il dirigeait le Châtelet, devenu le Broadway français avec des affiches telles que Singing in the Rain ou Un américain à Paris.

Pour inaugurer son théâtre du « beau temps », il a donc rêvé d’un Peau d’âne scénique, qui serait capable de recréer une parenthèse magique et légère malgré le spectre incestueux du conte de Perrault. Cette mission, il l’a confiée au directeur artistique Emilio Sagi, qui s’en sort presque sans aucune égratignure.

Forêt enchantée, costumes merveilleux

C’est une équipe artistique rompue aux mises en scène grandiloquentes qui fait émerger sur la scène non pas le château de Chambord (l’un des trois châteaux du film) mais des arbres touffus qui, se reflétant dans des miroirs, accentuent l’impression de forêt mystérieuse, d’où fleurissent des cintres, des roses, des lilas et même des boules à facettes.

À cette scénographie somptueuse imaginée par Daniel Bianco s’ajoutent les costumes scintillants de Pepa Ojanguren : ses robes couleur du temps, de la lune ou du soleil en mettent plein la vue. Dans la fosse, les musiciens jouent sans fausse note les mélodies inoubliables de Michel Legrand. Le célèbre compositeur a d’ailleurs retravaillé la partition pour allonger certains morceaux et fluidifier le passage de l’écran à la scène.

Un cake d’amour parfait

Autre défi, comment estomper le duo inoubliable composé de Catherine Deneuve et Delphine Seyrig ? Avec le charme fou de Marie Oppert et l’accent anglais d’Emma Kate Nelson, fée des Lilas irrésistible déboulant sur scène en patins à roulettes, le choix se révèle plus que pertinent. Plus réservé quant à la présence de Claire Chazal en tant que narratrice, c’est avec une agréable surprise que l’on découvre la danseuse Marie-Agnès Gillot en reine du Royaume Rouge, qui fait ses premiers pas réussis en tant que comédienne et apporte une belle touche de fantaisie à son personnage. Quant au rôle de la Vieille, il a été confié à Christine Gagnieux, comme toujours impeccable.

Entre les trouvailles scéniques (une trottinette comme carrosse, une scène dans les airs…), le chœur qui s’active pour les changements de décors et des moments magiques (les conseils de la fée des Lilas ou la recette du célébrissime cake), le spectacle parvient à s’affranchir du film. Et ce n’était pas gagné !

Emmanuelle Dreyfus

Peau d’âne, à découvrir au Théâtre Marigny jusqu’au 17 février 2019

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