T-Rex : L’enfer au travail

Dans T-Rex au Théâtre de la Contrescarpe, Alexandre Oppecini raconte l’aventure d’un employé ordinaire dans une banque internationale. Aussi terrifiant que Jurassic Park !
Alexandre Oppecini dans T-Rex © Novellart-2b
Alexandre Oppecini dans T-Rex © Novellart-2b

Alexandre a 30 ans. Il est chargé de comptes Settlement dans le back-office titres d’un grand groupe international. Lorsque son supérieur hiérarchique se suicide, on lui propose de reprendre le poste de son N+1. S’il réussit à développer, en un mois, le nouveau logiciel Easy Trade (qui n’a de facile que le nom !) pour un client important, il sera promu manager. Premier café.

Chronique d’une vie de bureau

Deuxième café. Avant de se débattre avec son logiciel, Alexandre doit apprendre à composer avec son équipe (le fainéant, la syndicaliste, la trop bonne élève…). La scène dans laquelle il relate les tensions liées à la mise en route de la climatisation dans l’open space (trop froid pour les uns, trop chaud pour les autres) est hilarante. Alexandre Oppecini, l’auteur et interprète de ce spectacle aussi drôle que cruel, sait visiblement très bien de quoi il parle. Les enfantillages de ses collègues de bureau sont plus vrais que nature ! Mais le pire reste à venir…

Easy Trade

Troisième, quatrième, cinquième café… Plus le spectacle avance, moins on a envie de rire et plus la machine à expresso fonctionne à plein régime. Comme un thriller, T-Rex raconte la descente aux enfers d’un employé lambda broyé par un grand groupe sans foi ni loi. Alexandre passe ses journées au travail, ses week-ends, ses nuits… Il est à la disposition de ses supérieurs hiérarchiques, corvéable à merci. Il ne dort plus, il ne mange plus, il ne raisonne plus… Il est obsédé par le logiciel Easy Trade, dont il doit réussir la migration. Incapable de prendre du recul, encore moins de se rebeller, il se fait peu à peu dévorer par l’espèce la plus puissante sur terre depuis la fin du Jurassique : son supérieur, banquier, nouveau Tyrannosaurus-Rex de l’ère moderne.

Burn out

Comédie glaçante, T-Rex pointe avec justesse la férocité du monde du travail d’aujourd’hui et décrit habilement le nouveau mal qui frappe de plus en plus de travailleurs : le burn out. Ou comment une direction sans scrupule ni humanité parvient à asservir un homme en quelques mois. Le parallèle avec le cruel dinosaure – qui lui faisait faire des cauchemars enfant – est très bien vu. Notons aussi la performance de l’acteur qui incarne, seul, pendant 1 h 30, tous les personnages de cette comédie humaine du XXIe siècle.

Judith Tuil

T-Rex, chronique d’une vie de bureau ordinaire, à découvrir au Théâtre de la Contrescarpe jusqu’au 20 juin 2018

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