Paris inaugure L'Archive, le mémorial du génocide des Tutsi au Rwanda imaginé par Grada Kilomba
Le 2 juin 2026 a eu lieu l'inauguration sur l’esplanade Habib-Bourguiba, à proximité du quai d’Orsay, d'un mémorial national dédié au génocide des Tutsi au Rwanda.
Conçue par l’artiste portugaise Grada Kilomba, l’œuvre intitulée L’Archive s’inscrit dans le paysage mémoriel de la capitale tout en proposant une réflexion contemporaine sur la mémoire, l’absence et la transmission.
Une commande publique pour inscrire la mémoire dans l’espace parisien
Annoncé en avril 2023 par le président de la République Emmanuel Macron et la maire de Paris Anne Hidalgo, le projet est né d’un dialogue entre la Ville de Paris, l’association Ibuka France et les ministères de la Culture et de l’Europe et des Affaires étrangères. Pilotée par le Centre national des arts plastiques (Cnap), la commande a fait l’objet d’une consultation internationale au terme de laquelle Grada Kilomba a été choisie pour réaliser ce monument.
L’artiste, née à Lisbonne en 1968 et installée à Berlin, est reconnue pour une œuvre qui interroge les mécanismes de la mémoire, du traumatisme et des récits historiques dominants. Son travail, souvent qualifié de « nouveau minimalisme postcolonial », mêle performance, sculpture, installation, texte et vidéo pour donner forme à des histoires longtemps marginalisées.
Une œuvre fondée sur l’absence
Pour répondre à cette commande mémorielle, Grada Kilomba a imaginé une œuvre monumentale composée d’un dallage géométrique en lave émaillée sur lequel se dressent deux imposants volumes parallélépipédiques en laiton noir. Entre ces deux masses verticales s’ouvre un vide central, élément essentiel de la composition. Le visiteur est invité à traverser cet espace, transformant ainsi le recueillement en expérience physique. Pour l’artiste, ce vide symbolise à la fois l’absence laissée par les victimes et le danger de l’oubli.
Selon le point de vue adopté, L’Archive peut apparaître comme un bloc compact, un couloir ou un espace creux. Cette perception changeante est au cœur de la démarche de l’artiste, qui souhaite faire ressentir aux visiteurs ce qui ne peut être représenté : la disparition de plus d’un million de personnes et les conséquences durables de cette violence.
Un hommage enraciné dans la culture rwandaise
Le sol du mémorial s’inspire des motifs traditionnels rwandais itana ou amanata, issus de l’art décoratif imigongo. Cette succession de triangles noirs et blancs évoque la topographie du « pays des mille collines » tout en représentant la multiplicité des voix et des histoires réunies dans le souvenir. Réalisée en pierre volcanique, la mosaïque crée un lien direct avec le territoire rwandais et constitue un espace où pourront être déposés fleurs, lettres ou messages de mémoire.
Les surfaces du monument portent un texte gravé en quatre langues — français, anglais, kinyarwanda et swahili — rappelant que « plus d’un million de personnes ont été assassinées en cent jours lors du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda ». Les noms de quatre grands sites mémoriaux rwandais, Nyamata, Murambi, Gisozi et Bisesero, y sont également inscrits, ancrant ce lieu parisien dans la géographie réelle de la mémoire du génocide.
Une archive vivante pour les générations futures
Fruit d’un voyage de recherche effectué au Rwanda en 2024, au cours duquel l’artiste a rencontré survivants, historiens et acteurs de la mémoire, L’Archive se veut autant un hommage qu’un outil de transmission. À proximité du monument, un QR code permet d’accéder à une archive numérique rassemblant témoignages, lettres, dessins, poèmes et récits recueillis auprès des rescapés et de leurs descendants.
L'Archive est installée sur l'esplanade Habib-Bourguiba (Paris 7e), à proximité du quai d’Orsay et du pont de l’Alma (M° Alma-Marceau). Elle est accessible gratuitement et de façon permanente.
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