[expo] La mode en majesté : Haute couture et diplomatie
Au musée des Arts décoratifs, La Mode en majesté. Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande réunit près de 200 pièces qui retracent 30 ans d'échanges entre la cour de Thaïlande et la maison Balmain.
À chaque visite d'État, la reine Sirikit (1932-2025) faisait sensation. Drapée dans ses robes en soie brodées d'or, elle accaparait tous les objectifs des photographes. La presse occidentale ne tarde pas à la surnommer « Jackie Kennedy d'Asie ». En 1960, Sa Majesté accompagne le roi Rama IX dans une tournée officielle de cinq mois à travers quinze pays, vêtue d'une garde-robe confiée à Pierre Balmain. Cette collaboration fructueuse qui a réinventé l'élégance royale thaïlandaise est mise à l’honneur à travers un sublime corpus de robes, d'accessoires et d'objets royaux montrés pour la première fois en France. Le commissariat de Béatrice Quette, chargée des collections asiatiques, s'appuie sur la scénographie de Studio Formule, une succession d'écrins, où des miroirs démultiplient les silhouettes.
Un vestiaire à inventer
Les tenues de cour ont été codifiées dans les années 1960 par Sirikit qui en fixe huit formats à partir de modèles anciens, avec l’aide d’historiens et de créateurs thaïlandais. Du Thai Ruean Ton, le plus informel, au Thai Boromphiman, robe du soir d'une pièce, toutes empruntent leur nom à des résidences royales ou à des salles du trône. Le couturier français les aborde comme une composition de haute couture : il étudie les proportions et l'enveloppement, si étranger à la coupe occidentale, s'empare du brocart, du fil d'or et du mat mii, l'ikat tissé dans le Nord-Est du pays. Croquis, échantillons et broderies de la maison Lesage donnent aussi à voir ce passionnant dialogue entre Bangkok et Paris au service du protocole.
L'éloge de la main
Une salle entière est dédiée aux savoir-faire thaïlandais où quatre tissages traditionnels sont montrés avec des études de matériaux et des dispositifs audiovisuels. Mais derrière ces techniques se joue aussi toute une histoire politique. En effet, la reine découvre des tisserandes qui produisent le mat mii pour leur seul usage domestique. Elle leur achète toute leur production, y compris les pièces au tissage irrégulier ou aux motifs imparfaits, pour leur garantir un revenu immédiat. De ce parrainage naît en 1976 la fondation SUPPORT, qui fait vivre aujourd'hui des communautés entières d’artisans. Le parcours se referme sur la jeune création thaïlandaise, avec les maisons Asava, Wisharawish ou Sirivannavari, fondée par la petite-fille de la reine, qui assure le haut patronage de l'exposition. La boucle est bouclée.
Exposition La mode en majesté au musée des Arts décoratifs à découvrir jusqu'au 1er novembre
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