[expo] Giovanni Segantini – Je veux voir mes montagnes : La montagne magique
Le Musée Marmottan Monet présente la première monographie d’envergure consacrée au peintre Giovanni Segantini (1858-1899), offrant de découvrir son œuvre fascinante. Sublime ! Passionnant !
L’ermite reproche à Zarathoustra de vouloir quitter la pureté de la montagne pour descendre parmi les hommes : mieux vaut rester « un ours parmi les ours et un oiseau parmi les oiseaux ». « L’homme est quelque chose qui se doit surmonter », répond le prophète nietzschéen : même morale chez Segantini, qui invente une peinture surpassant la peinture. La touche y capture la lumière, saisissant ce qui se trouve au-delà du vrai. Segantini, figure majeure du symbolisme et du divisionnisme, mourut d’une péritonite aiguë au sommet de son art, à 2837 mètres d’altitude, sur le Schafberg, face au panorama grandiose de l’Engadine. « Je veux voir mes montagnes » furent ses derniers mots.
Gloire rendue au génie
Si Segantini a disparu trop tôt pour atteindre la consécration de l’Exposition universelle de 1900, qui attendait son triptyque des Alpes demeuré inachevé, il fut admiré et suivi par ses pairs, la critique et les collectionneurs, sans que, pourtant, lui soit jamais dédiée une exposition à sa mesure. Cette injustice est réparée par l’excellent travail des commissaires Gabriella Belli et Diana Segantini, qui ont réuni plus de 60 œuvres (peintures, pastels et dessins), et la scénographie, conçue par Naori Yamazoe et Sacha Bernard, qui alterne élégamment tableaux et explications captivantes.
Présence réelle
On découvre à la fois la vie mouvementée de l’artiste, d’une enfance milanaise malheureuse à l’isolement volontaire dans la splendeur métaphysique des sommets. Il y peint les hommes, les bêtes et le détail de la vie agricole en transcendant l’ordre du visible, comme s’il saisissait ensemble la nature et l’esprit. Si les vibrations de la touche sont bouleversantes et la technique divisionniste dominée de manière époustouflante, si les dessins attestent que Segantini est un maître du trait autant qu’un génie de la couleur, cette exposition provoque surtout cette « présence réelle » que décrit Proust à propos de l’Engadine dans Les Plaisirs et les jours : « en arrivant au sommet, nous restâmes éblouis ».
Exposition Giovanni Segantini (1858-1899), « Je veux voir mes montagnes », à découvrir au Musée Marmottan Monet jusqu'au 16 août 2026
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