[expo] Jean-Baptiste Greuze au Petit Palais : L’enfance en lumière
Trois cents ans après sa naissance, le Petit Palais consacre pour la première fois une exposition à Jean-Baptiste Greuze (1725-1805).
Célébré au XVIIIe siècle avant d’être totalement éclipsé, ce peintre audacieux et frondeur fit de l’enfance un miroir sensible des tensions et des mutations de son temps.
Annick Lemoine, co-commissaire de Jean-Baptiste Greuze. L'enfance en lumière, l’assure : « C’était le plus célèbre, le plus talentueux et le plus aventureux des peintres du XVIIIe siècle ». Star des salons, encensé par Diderot, collectionné par les Anglo-Saxons, il séduisit le public avec ses scènes domestiques et ses portraits d’enfants saisis dans l’instant. Mais sa réussite suscita aussi des inimitiés, tant son approche bousculait les codes académiques. Car jusqu’aux Lumières, l’enfant n’était guère perçu comme un sujet à part entière. Le Petit Palais choisit donc ce fil conducteur pour réhabiliter ce grand portraitiste ultra-moderne pour son époque.
Un peintre au plus près de l’instant
L’exposition s’ouvre sur des œuvres intimes telles que sa femme endormie ou des portraits de ses enfants, comme celui de sa cadette en chemise de nuit avec son chien sur les genoux, resté invisible depuis plus de cinquante ans. Véritable peintre de l’âme, il capte la respiration, le geste furtif, la rêverie intérieure ou même les tourments. Son Petit paresseux (1755), dans lequel un garçon s’est assoupi sur un livre, témoigne déjà de cette faculté à saisir un moment suspendu. Admis à l’Académie grâce à cette toile, il s’impose alors comme un observateur précis, héritier de Chardin qu’il admirait.
Entre grâce et gravité
Au fil du parcours, ce qui frappe, c’est son acuité à mettre en scène tensions, blessures et contradictions derrière des visages souvent angéliques. Il s’empare des grandes questions de société telles que la maternité, l’éducation, le rôle des parents. Ses toiles plaident ainsi pour l’allaitement maternel contre la mise en nourrice, exaltent l’importance du lien familial, mais révèlent aussi les désordres de l’intime. Dans Le Jeune berger au pissenlit (1761), restauré pour l’exposition, la fragilité de l’amour adolescent se dit dans un souffle tandis que La Cruche cassée (1772) expose la perte de l’innocence… sans doute suite à un viol. Derrière l’apparente douceur, le peintre dévoile une jeunesse troublée, fragile, parfois prise au piège des attentes et injonctions du monde adulte.
Exposition Jean-Baptiste Greuze, L'enfance en lumière, à découvrir au Petit Palais jusqu'au 25 janvier 2026
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