[expo] L’Art « dégénéré » : Retour du refoulé

Pablo Picasso, Femme s’essuyant les pieds, Museum Berggruen, Neue Nationalgalerie, Stiftung Preußischer Kulturbesitz  © bpk / Nationalgalerie, SMB, Museum Berggruen / Jens Ziehe © Succession Picasso 2024

Le Musée national Picasso-Paris présente une nouvelle exposition temporaire consacrée aux artistes et aux œuvres honnis par le régime nazi. Salutaire appel à ouvrir l’œil et à affûter l’esprit !

En juillet 1937, Hitler proclama une « guerre implacable de purification » contre l’art dégénéré. À Munich, une exposition en réunit des exemples comme autant de repoussoirs à la nouvelle esthétique nazie. Entartete « Kunst », proclamait l’affiche des réprouvés, infligeant des guillemets infamants à l’art de ces supposés idiots, malades mentaux, criminels, spéculateurs, juifs et bolchéviques, qui déformaient l’image de la race supérieure. Comme l’Aktion T4 liquida handicapés physiques et mentaux, la propagande nazie voulait se débarrasser des artistes hors norme.

Aujourd’hui ridiculisant hier

L’exposition conçue par Johan Popelard et François Dareau fait glisser les guillemets : les œuvres présentées sont celles de grands artistes ores reconnus. Le grotesque concept de dégénérescence est, lui, devenu irrecevable. Il vaut comme stigmate de l’opprobre qui conduisit à la spoliation, au trafic ou à la destruction des œuvres, à l’exil, à la déportation et à l’assassinat des artistes. On l’admet désormais : « l’art est par essence répréhensible ! et inutile ! et antisocial, subversif ! dangereux ! Et quand il n’est pas cela, il n’est que sac à patates. », comme disait Jean Dubuffet. On peut regretter, pour mieux comparer, de ne pas voir les sacs à patates qu’affectionnait Hitler.

Hier alertant aujourd’hui

Dommage aussi de ne pas rappeler qu’il ne suffit pas d’être accusé pour être vertueux : ainsi Emil Nolde, qui se rêva peintre officiel du régime nazi avant de tomber en disgrâce, et dont les œuvres furent pendues aux cimaises de l’exposition de 1937. Puisse cette exposition permettre de rappeler que la haine de l’avant-garde est une hydre dont certaines têtes aboient encore. Le regard sévère de l’enfant qui se tient debout dans le portrait de la famille Soler, peint par Picasso en 1903, toise le siècle de l’apocalypse et vaut comme ultime appel à la vigilance : certains relents identitaires remontent actuellement des égouts de l’histoire ; idéologie et spéculation continuent de faire bon ménage.

Exposition L'art « dégénéré » au Musée Picasso, à découvrir jusqu'au 25 mai 2025

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