[expo] Une journée au XVIIIe siècle : Vingt-quatre heures au siècle des Lumières

La Mauvaise Nouvelle. Jean-Baptiste-Marie Pierre (1713-1789). Huile sur toile ; cadre en bois sculpté et doré	© Les Arts Décoratifs / Jean Tholance

Le musée des Arts décoratifs reconstitue, du lever au coucher, la vie d’une demeure aristocratique des années 1780. Plus de 550 pièces, certaines rarement montrées, composent un portrait précis d’une époque et d’une classe sociale.

Le siècle des Lumières a la cote dans les musées parisiens ! Pour Ariane James-Sarazin, co-commissaire, rien d’étonnant car il « fait écho à nos inquiétudes contemporaines ». Les débats sur la nature, la place des femmes, des minorités ou la permanence de nos institutions démocratiques sont des questionnements qui ont émergé à cette époque. Mais ce siècle hédoniste offre aussi, rappelle-t-elle, une échappée : « dans un monde anxiogène, nous avons besoin de lumière et de plaisir ». Or cette culture du raffinement, certes privilège des classes huppées, a porté l’art de vivre à un sommet rarement égalé.

Un microcosme social

« Nous avons voulu réincarner un microcosme social à travers les occupations les plus triviales », explique la commissaire : se laver, se nourrir, se distraire. Le parcours, agrémenté d’ambiances olfactives et sonores, s’inspire de l’organisation d’un hôtel particulier : de la rue, et ses effluves nauséabondes, à la cour d’honneur, puis au jardin, avant de cheminer de pièces en pièces. Appartements distincts pour Monsieur et Madame, chambres d’enfants, combles réservés aux domestiques. Mobilier, vêtements, orfèvrerie, porcelaines, boîtes précieuses, flacons, sablés, horloges... donnent corps à cette organisation minutieuse. Rien n’est purement décoratif : les objets révèlent un statut et un mode de vie.

Un quotidien chorégraphié

La journée débute dans la chambre, autour du lit à baldaquin. Le lever est déjà social ; proches et marchands peuvent être reçus pendant la toilette où paniers, corsets, parfums, fards, mouches et perruques façonnent les silhouettes. L’élégance exige du temps. Puis vient le dîner, pris entre 14 h et 16 h selon le service « à la française » où tous les plats sont posés sur la table. L’après-midi se partage entre bibliothèque pour monsieur et boudoir pour madame. Vers 18 heures, un passage par l’oratoire rappelle que la dévotion demeure bien ancrée, même aux Lumières. Le soir, après le souper tardif, place au jeu, au tabac et à la musique de chambre avant d’aller se démaquiller pour rejoindre Morphée. Cette plongée documentée dans l’intimité d’une élite met ainsi en lumière toute la richesse des arts décoratifs français et aussi les prémices des mutations techniques avec l’arrivée de l’eau, du chauffage et de l’éclairage.

Exposition Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d'un hôtel particulier, à découvrir au musée des Arts décoratifs jusqu'au 5 juillet 2026

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