[théâtre] Crime et châtiment : Les bas-fonds en chansons

© Fabienne Rappeneau

Dominique Scheer-Hazemann adapte et met en scène le chef-d’œuvre polyphonique de Dostoïevski : le Théâtre de la Huchette sert d’écrin à cette miniature lyrique jouée et chantée avec grand talent.

Selon Raskolnikov, certaines vies peuvent être sacrifiées pour en sauver d’autres valant davantage. Ainsi supprime-t-il la cruelle usurière chez laquelle il a déposé la montre de son père. Son mépris est plus grand que sa haine : il la tue parce qu’il est naturel que crèvent les faibles. Face au jeune étudiant désœuvré, égaré et exalté, se tiennent Porphyre, chargé de l’enquête sur le meurtre, qui attend patiemment que Raskolnikov finisse par avouer, et surtout l’aréopage des hautes âmes (Sonia, la prostituée au grand cœur, Dounia, la sœur vertueuse, et Razoumikhine, l’ami dévoué de l’assassin) dont la bonté sert de repoussoir, de consolation et de rédemption au meurtrier.

Joli méchant et très beaux gentils

L’adaptation du roman de Dostoïevski est un pari audacieux. Dominique Scheer-Hazemann le gagne haut la main, concentrant l’intrigue autour du combat que mène Raskolnikov non pas tant contre la loi qui l’assaille que contre l’amour qui le confond. Si le châtiment légal n’épouvante guère l’assassin, il finit néanmoins par réclamer l’expiation, tant est puissant l’éclat adamantin des cœurs purs. Jérémy Petit est un beau, touchant et convaincant Raskolnikov. Milena Marinelli et Adrien Biry-Vicente incarnent tous les autres personnages de cette fresque métaphysique et psychologique avec un talent protéiforme absolument remarquable.

Des interprètes virevoltants

Le livret de Dominique Scheer-Hazemann et les musiques de François Peyrony transforment élégamment le roman en comédie musicale ; la mise en scène (avec l’assistance d’Elisa Sergent et la chorégraphie de Mariejo Buffon) tire efficacement parti des contraintes du minuscule plateau, dans lequel s’insère intelligemment la scénographie de Bastien Forestier, éclairée par Guillaume Rouchet. Les costumes de Julia Allègre permettent aux comédiens de passer prestement d’un personnage à l’autre et le foisonnement narratif, porté par trois interprètes dont les voix sont aussi justes que le jeu, est bluffant.

Crime et Châtiment au Théâtre de la Huchette : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles

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