[expo] Diseuses de silence à l'Espace Monte-Cristo : Le bruit du monde

© Anita Molinero, Adagp, Paris, 2026 © Beya Gille Gacha, Adagp, Paris, 2026. Photos © Bertrand Michau, Adagp, Paris 2026

De Niki de Saint Phalle à Prune Nourry, une vingtaine de plasticiennes dévoilent leur regard sur notre monde tourmenté au sein de cette exposition gratuite présentée jusqu’en décembre à l'Espace Monte-Cristo dans le 20e arrondissement.

Loin d’être muettes, les œuvres des plasticiennes réunies à l’Espace Monte-Cristo disent au contraire beaucoup. Une pluralité de pratiques comme de récits et de voix qui transforment les lieux en une caisse de résonance bienvenue pour réfléchir à notre société. Piochant dans la collection de la fondation Villa Datris, les deux commissaires Pauline Ruiz et Jules Fourtine ont constitué un parcours sensible faisant la part belle à des femmes artistes de différentes générations, véritables « Shéhérazade contemporaines », telles qu’ils les nomment.

Des récits et des luttes

De la flamboyante Ar(t)mur(e) de Raymonde Arcier, protégeant sa créatrice, aux cariatides de Céline Cléron portant sacs et paniers, les imaginaires et les symboles sont ici revisités. Ainsi également des Vénus de Prune Nourry interrogeant l’idéal féminin ou bien de la mère augmentée de la Suédoise Cajsa von Zeipel qui tourne en dérision les injonctions sociétales. Jeanne Vicerial et Beya Gille Gacha invitent, quant à elles, à la contemplation avec leurs figures de gardiennes, réalisées pour la première d’un fil noir et de perles de verre bleues pour la seconde.

C’est du côté de la lutte que se poursuit l’exposition. L’Afghane Kubra Khademi questionne la place du corps féminin dans l’espace public tandis que l’engagement pour la protection de l’environnement comme des droits humains est au cœur d’un tapis de Suzanne Husky et d’un bas-relief de Niki de Saint Phalle.

Parole libérée

Un fil de l’activisme que poursuit l’Américaine Andrea Bowers avec ses rubans de satin ornés de slogans. Des créations qui disent aussi l’importance de la libération de la parole ; à l’image des marionnettes de Jeanne Susplugas, s’animant dans une vidéo où s’expriment librement les traumatismes. L’art se fait également lieu de mémoire, où Rachel Labastie évoque à travers de fragiles médaillons de porcelaine le destin de femmes envoyées en Guyane pour être mariées de force, tandis que les mouchoirs brodés de portes par Laure Tixier disent l’enfermement de jeunes filles en détention.

En complément, Yosra Mojtahedi compose, pour sa carte blanche, un paysage organique qui immerge dans un univers mystérieux fait de sensations nouvelles. La création transcende alors les existences.

Diseuses de silence à la Fondation Villa Datris — Espace Monte-Cristo - Paris 20e, à découvrir jusqu'au 13 décembre 2026

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