[expo] Aux frontières de l'art brut à la Halle Saint-Pierre : Fous alliés

Marion Oster, Boîte © Halle Saint Pierre

La Halle Saint-Pierre, temple de l’art brut au cœur du XVIIIe arrondissement, présente quinze artistes issus de ce courant dont la définition même est en pleine mutation.

Le peintre Jean Dubuffet définissait, dans les années 1940, l’art brut comme celui des créateurs sans culture artistique, tout autant que comme celui des fous, des marginaux : mais ne faut-il pas être fou, de quelque manière que ce soit, même en étant académiquement éduqué à l’art, pour être artiste ? Pour présenter au monde un fantasme, une imagination sortie de soi, pour utiliser sa propre essence, forcément mouvante, pour exister ?

La Halle Saint-Pierre expose, avec son exposition « Aux frontières de l’art brut », une quinzaine d’artistes effectivement situés aux confins de la définition initiale du « brut ». Ceux que l’on appelle aussi « naïfs » n’en portent que le nom, tant la démonstration multiple de leurs créations subjugue, des madones en céramique de Pierre Amourette, dont on croirait les couleurs ocres directement sorties d’un sac de pigments, aux étranges créatures d’argile de Shinichi Sawada, mutants entre l’humain et l’animal aux visages empilés, invariablement hérissées de pointes.

Un art, cent frontières

Cette exposition soulève aussi, en filigrane, la question millénaire : que signifie « être artiste » ? Faut-il une formation, une reconnaissance du milieu, un style défini et immuable ? Les créateurs présentés au sein de l’exposition sont peut-être dépourvus de formation artistique, mais certainement pas du feu sacré ; en témoignent par exemple les miniatures sublimes de Ronan-Jim Sevellec, reconstitutions à l’échelle et incroyablement réalistes de lieux de la vie quotidienne, à l’image de cet atelier d’artiste mis en boite.

Pas de style prédéfini, pas de ligne éditoriale à respecter pour les artistes « bruts », seulement l’expression créatrice la plus directe : les ex-votos de Marion Oster ou les esprits de la forêt de Ghyslaine et Sylvain Staëlens rappellent que l’art, en amenant à la vie monstres, dieux ou créatures mythologiques, est aussi, et peut-être avant tout, une forme de magie.

Exposition Aux frontières de l’art brut, à découvrir à la Halle Saint-Pierre jusqu'au 25 février 2024

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