[expo] L’École de Paris retrouve son berceau

Boleslas Biegas, Mélancolie, 1920, Coll. Marek Roefler - Villa La Fleur © DR

Au musée de Montmartre, l’exposition L’École de Paris. Collection Marek Roefler rassemble un pan foisonnant de cette diaspora artistique qui fit de la capitale un refuge autant qu’un laboratoire esthétique.

Il fallait bien le charme discret du musée de Montmartre pour accueillir cette plongée dans l’École de Paris. Sur la Butte, où tant d’artistes venus de Varsovie, Vilnius, Moscou, Tokyo ou Buenos Aires ont posé leurs valises au début du XXᵉ siècle, l’exposition prend des allures de retour aux sources sans pour autant oublier l’autre foyer créatif que fut Montparnasse. Plus de 130 œuvres issues de la collection Marek Roefler, présentée pour la première fois hors de la Villa La Fleur, près de Varsovie, restituent cette effervescence cosmopolite, forgée dans l’exil, la précarité et une irrésistible soif d’émancipation.

Modernité en gestation

Le parcours rappelle combien cette communauté forma une constellation plutôt qu’une école homogène. Le terme lui-même naît dans la « querelle des étrangers » (1923-1924) du Salon des Indépendants avant d’être revendiqué par André Warnod pour célébrer ce brassage fécond. Sur les cimaises, les trajectoires s’entrecroisent : celles d’Henri Hayden, de Mela Muter, de Maurice Mendjizky, de Jean Lambert-Rucki, de Boleslas Biegas, d’Alice Halicka ou encore de Tamara de Lempicka, autant de noms que l’histoire a parfois relégués derrière les figures tutélaires de Pablo Picasso, Marc Chagall ou Amedeo Modigliani. Ce qui frappe, c’est l’extrême diversité des styles autour d’un tronc commun, l’art figuratif. Ces déracinés expérimentent tantôt le cubisme, tantôt le symbolisme, combinent les techniques et les sujets. Rien n’est uniforme, mais tout dialogue.

Histoires intimes

Le musée rappelle aussi combien l’École de Paris fut une aventure humaine. Les portraits, Kiki de Montparnasse peinte par Moïse Kisling, les scènes familiales de Nathan Grunsweigh, les maternités endeuillées de Mela Muter, racontent une fraternité d’atelier et un partage des vulnérabilités. Dans ces visages droits, ces corps courbés par le labeur ou le chagrin, affleure une forme d’insistance à exister dans un monde instable : celui des pogroms, des frontières mouvantes et des exils forcés. Autant d’histoires suspendues que l’exposition réactive avec délicatesse. On quitte l’exposition avec l’impression d’avoir croisé une mosaïque d’histoires humaines et picturales, toutes tendues vers la même chose : créer, malgré le monde qui vacille.

Exposition L'École de Paris, collection Marek Roefler, à découvrir au musée de Montmartre jusqu'au 15 février 2026

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Publié le 7 octobre 2026 [Musées, Expositions]

Pour ses 400 ans, le Muséum national d’Histoire naturelle organise une foisonnante rétrospective des œuvres qui attestent du dialogue fécond entre les sciences et les arts. Magnifique !

En collaboration avec le Van Gogh Museum d’Amsterdam, le Petit Palais présente une monographie inédite d’Eva Gonzalès, satellite délicat de la galaxie impressionniste.

Avec l’exposition Éternel Tintoret, le musée Jacquemart-André retrace l’exceptionnel parcours du peintre vénitien de la Renaissance tout en explorant son importante influence.

Mis à jour le 8 octobre 2026 [Musées, Expositions]

Profitez de votre soirée pour visiter un musée parisien ! Retrouvez tous les horaires des nocturnes dans les musées et lieux d'exposition de la capitale.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !