[expo] Jardiner, ou l'art de cultiver le vivant

Œuvre de Junior Fritz Jacquet © E. Laurent

À la Cité des sciences et de l’industrie, l’exposition Jardiner met en lumière, à travers une balade aussi ludique que savante, les sciences et les bienfaits insoupçonnés du jardinage.

Ni traité scientifique, ni simple compilation de bonnes pratiques, l’exposition choisit la promenade éclairée : une déambulation à travers six jardins fictifs (potager, partagé, thérapeutique, spontané, fleuri et qui s’adapte), pensés comme autant de micro-mondes où les gestes les plus ordinaires deviennent des portes d’entrée vers des savoirs scientifiques souvent méconnus. La réussite du parcours tient d’abord à sa fluidité. La scénographie, ouverte et légère, évite l’effet de catalogue pour privilégier une continuité visuelle et sensible.

Une flânerie au fil des pratiques et des savoirs

On circule librement entre les espaces, comme dans un parc dont chaque clairière proposerait une expérience différente. Ici, on rempote, on sème, on observe la vie souterraine, on se familiarise avec les plantes mal-aimées qui se révèlent être de précieuses alliées ; là, on écoute les récits de jardiniers amateurs ou professionnels et on traverse les installations bucoliques d’Alexis Tricoire ou de Junior Fritz Jacquet. Ludique, Jardiner l’est indéniablement grâce aux différents dispositifs interactifs qui invitent à faire plutôt qu’à regarder. Mais le jeu n’est jamais gratuit et sert un propos plus large sur notre rapport au vivant.

Un laboratoire écologique et social

Le jardin partagé révèle ainsi la richesse biologique d’un sol urbain autant que la capacité du jardinage à (re)créer du lien. Celui qui soigne s’appuie, quant à lui, sur les apports récents des neurosciences pour montrer comment le contact avec les plantes agit sur le stress et l’attention.

Plus politique qu’il n’y paraît, l’exposition interroge aussi nos normes esthétiques et productivistes. Le jardin spontané, avec son robot tondeuse en crise existentielle, questionne frontalement l’obsession de la maîtrise ; quand celui qui s’adapte projette les visiteurs dans un futur climatique contraint, où l’expérimentation devient une nécessité. Ces séquences rappellent que jardiner, c’est aussi apprendre à composer avec les limites plutôt qu’à les nier. La profusion de dispositifs, susceptible de diluer l’attention, devient paradoxalement l’une des forces du parcours : à chacun son rythme, son niveau de lecture et sa manière d’entrer dans la pluralité des jardins. Alors, prêt à mettre les mains dans la terre ?

Exposition Jardiner à la Cité des sciences et de l'industrie, à découvrir jusqu'au 12 juillet 2026

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