[expo] Simone Veil. Mes sœurs et moi : Chronique d'une jeunesse brisée
Au Mémorial de la Shoah, Simone Veil. Mes sœurs et moi déplace le regard. Loin de la figure institutionnelle, l’exposition explore une fratrie, ses silences et ses failles. Une plongée sensible, politique sans en avoir l’air.
Le parcours débute là où on ne l’attend pas : sur la Côte d’Azur, entre soleil, mer et effluves de mimosa (une ambiance olfactive a été spécialement créée). Une enfance presque banale, heureuse, racontée par des albums de famille, des photographies et des lettres. David Teboul, réalisateur de documentaire et commissaire de l’exposition, revendique cette entrée en matière subjective et gaie, comme un contrepoint nécessaire à la violence de l’histoire à venir. La Shoah surgit dans une vie ordinaire, et c’est précisément ce décalage qui bouleverse.
Trois sœurs, trois trajectoires
L’exposition, inspirée de l’ouvrage et du film éponyme écrit et réalisé par David Teboul qui a bien connu Simone Veil de 2003 à 2017, l’année de sa disparition, repose sur les écrits des trois sœurs Jacob. Il y a tout d’abord Madeleine, dite Milou, l’aînée, qui est marquée par une gravité précoce, et qui meurt dans un accident en 1952, puis Denise qui s’engage très jeune dans la Résistance et enfin Simone, la petite dernière, la plus légère et insouciante.
Elles s’écrivent beaucoup, avec style et précision, et c’est cette matière textuelle qui donne sa charpente au parcours enrichi de photos, d’enregistrements sonores et de lectures filmées, portées par Isabelle Huppert (Milou), Dominique Reymond (Denise) et Marina Foïs (Simone). La visite requiert du temps si l’on souhaite se plonger dans cette histoire intime qui est percutée par la Grande Histoire.
Le poids du silence
La déportation, paradoxalement, est peu racontée. Non par déni, mais par pudeur. Denise, fil rouge de l’accrochage, qui n’a pas été déportée dans le même camp que ses sœurs et sa mère, en a souffert : un silence pesant pour celle qui consacrera sa vie à la transmission de la mémoire de la Résistance et de la Déportation. Mais Simone ne veut pas se replonger dans l’horreur, elle s’est reconstruite et porte surtout une terrible culpabilité : alors que ses parents lui avaient recommandé de ne pas sortir rejoindre son petit copain, elle entraîne l’arrestation de toute sa famille le 30 mars 1944.
De cette expérience indicible, de la mort de son père, de son frère et de sa mère dans les camps, naîtra Simone Veil, la figure publique, engagée et inflexible. « C’est une exposition plus politique qu’elle n’en a l’air », confie le commissaire, qui se dit « en colère », tout comme le seraient sans doute les sœurs Jacob, face à la montée de l’extrême droite et à la confusion mémorielle actuelle. Ne nous trompons pas d’ennemis.
Exposition Simone Veil, mes sœurs et moi au Mémorial de la Shoah, à découvrir jusqu'au 15 octobre 2026
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