[expo] Théophile-Alexandre Steinlen, l’homme derrière « Le Chat noir » de Montmartre

Théophile-Alexandre Steinlen - Les Mineurs, 1903 Association des Amis du Petit Palais, Genève © Studio Monique Bernaz, Genève

Une rétrospective qui fleure bon la bohème, les chats et le petit peuple du vieux Paris, c’est « Théophile-Alexandre Steinlen, le centenaire de sa mort », jusqu’au 11 février 2024, au musée de Montmartre.

Qui ne connaît pas l’affiche, mondialement célèbre, du fameux cabaret « Le Chat noir », avec son matou d’enfer aux courbes art nouveau et sa pleine lune fichée comme une auréole ? Une image du Montmartre-bohème à la fin du XIXe siècle, devenue un symbole dont les magasins de souvenirs de la place du Tertre aujourd’hui raffolent. Et puis, derrière l’image, il y a l’artiste. Le peintre, l’illustrateur, le graveur d’origine suisse Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923), dont on commémore le centenaire de la disparition.

Steinlen aime les chats, c’est dit, et ce sont eux qui vous accueillent dans cette maison-musée. Ils ronronnent, prennent la pose au centre de natures mortes, virevoltent dans des saynètes drolatiques qui n’ont rien à envier à la bande dessinée contemporaine. Ils s’étirent en meute, aussi, comme une vague idolâtre par une nuit de sabbat, portant aux nues un messie-chat dans une toile gigantesque.

À gauche toute !

Lorsque les chats s’éclipsent, c’est pour céder la place aux hommes pour le reste de l’exposition. L’heure de l’engagement a sonné pour Steinlen. « À quoi bon prêcher ? Il faut agir », écrit-il. Grand lecteur de Zola, infusé par les idées de gauche et de l’anarchisme ambiant, on voit l’anticonformisme de ses débuts se muer en réalisme social. Par le trait, comme Daumier ou Granville avant lui, Steinlen capte la rudesse des petits métiers à l’orée du XXe siècle. Dans un camaïeu de gris, ce sont des Mineurs et des Trieuses de charbon, des blanchisseuses et des maçons creusois. On file derrière lui les filles de la rue, leur mystère teinté de rouge, d’autres à la Toilette du matin, comme Lautrec mais au crayon, pour aller vers sa grande mission : peintre-reporter de guerre, dans l’horreur des tranchées et le souvenir des disparus de 14-18.

Odalisque

À la mort de son épouse en 1910, et jusqu’à la sienne à l’âge de 64 ans, le Suisse partage sa vie avec sa gouvernante et modèle, Masséida. Une femme d’origine Bambara, d’Afrique de l’ouest, qui donne un achèvement inattendu à sa carrière, autant qu’à cette rétrospective. La couleur éclate, aussi exotique alors que sa muse. Pour le peintre, Masséida pose à la manière provocante de l’Olympia de Manet – on s’amuse à voir une banane dressée au premier plan - ou sous les traits d’une Tahitienne à la chaste sensualité, façon Gauguin. Masséida, héritière de Steinlen, aura permis que biens des œuvres arrivent jusqu’à nous. Sa présence ici lui rend un juste hommage.

Exposition Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923), à découvrir au Musée de Montmartre jusqu'au 11 février 2024

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