[critique] Le Guide du parfait gentleman assassin : L'art de tuer en gants blancs
Récompensée par quatre Tony Awards à Broadway, cette comédie musicale est à l’affiche au Théâtre du Palais-Royal dans une adaptation de Stéphane Laporte et une mise en scène de Virginie Lemoine. Et on y assassine avec beaucoup de savoir-vivre.
Dans l’Angleterre édouardienne de 1906, Monty Navarro, un homme charmant mais sans le sou, découvre qu'il occupe la neuvième place dans l'ordre de succession d'une fortune colossale. Sa mère était une D'Ysquith mais cette dernière a été reniée pour avoir choisi l’amour plutôt que les conventions sociales en choisissant un humble Castillan. Méprisé lorsqu’il essaie de rentrer en contact avec ces nobles, détestables au passage, il décide de les supprimer un par un. On songe évidemment à Noblesse oblige (1949), et plus récemment à L'Ultime Héritier. Le point commun avec le musical créé en 2013 par Robert Freedman et Steven Lutvak ? Israel Rank : l'autobiographie d'un criminel, un roman de Roy Horniman, paru en 1907.
L'élégance du crime
Le charme opère dès les premières minutes. Parce que la mère a été bafouée, on se surprend à encourager le fils dans ses forfaits, qui sont machiavéliques, souvent absurdes et toujours inventifs. On n'en dira rien, car la surprise fait la moitié du plaisir, et le dénouement, joliment immoral, garde la sienne. L'adaptation de Stéphane Laporte relève du travail d'orfèvre en mariant l'atmosphère d'Agatha Christie à une mécanique de vaudeville digne de Feydeau, sans jamais forcer le trait. Virginie Lemoine résume d’ailleurs son projet par une formule qui dit tout, puisqu'elle imagine le voyage qu'auraient entrepris ensemble Jules Verne, Edgar Poe et Groucho Marx. Et clairement, la salle rit de bon cœur !
Un véritable marathon en costumes
Les onze comédiens sont tous impeccables, mais il faut bien reconnaître que tous les regards sont braqués sur Benoît Cauden, Molière 2022 de la révélation masculine pour son interprétation de Léo Bloom dans Les Producteurs. Il incarne à lui seul toute la dynastie à abattre et livre un marathon d'interprétations aussi bluffant que cocasse. Face à ce numéro de haute voltige, Gaétan Borg promène le flegme et l'élégance de Monty entre deux femmes, Sibella l'ambitieuse (Camille Nicolas) et la douce Phoebe (Emma Brazeilles). Tous partagent la même exigence, car on chante beaucoup, et parfois très haut, la partition de Steven Lutvak, disciple de Sondheim, empruntant autant à la musique classique qu'à Broadway. Entre les décors qui changent à vue et le ballet incessant des costumes, le rythme ne faiblit jamais.
Le Guide du parfait gentleman assassin au Théâtre du Palais-Royal : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles
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