[théâtre] Le Père : Pierre Arditi face à l'oubli

© Cyril Bruneau

Après Robert Hirsch et Anthony Hopkins, Pierre Arditi rêvait depuis longtemps d'endosser le rôle d'André. À 81 ans, il le reprend enfin, face à Isabelle Carré, dans une nouvelle mise en scène signée Florian Zeller. Un rendez-vous particulièrement émouvant.

« Tu es encore trop jeune ! », avait répondu Florian Zeller lorsque Pierre Arditi lui avait demandé de ne jamais remonter Le Père sans lui. Le comédien venait de voir Robert Hirsch, récompensé d'un Molière en 2014 pour ce rôle, avant de découvrir quelques années plus tard Anthony Hopkins dans The Father, couronné de deux Oscars en 2021. L'heure est donc venue.

Un monde qui se dérobe

Dans un appartement tout ce qu'il y a de plus parisien, André ne décolère pas, il refuse l'aide à domicile imposée par Anne, sa fille. « Je suis chez moi », affirme-t-il. À moins qu'il ne vive chez elle. Le doute s'installe lorsqu'un homme qui prétend être son gendre apparaît. Puis quand Anne revient, ce n'est plus le même visage. Les scènes se répètent, se contredisent, les meubles disparaissent ou changent de place.

Le génie de cette pièce qui a fait le tour du monde est de ne jamais décrire la maladie de l'extérieur, mais de nous enfermer dans la perception de celui qui la vit. Nous savons à peine plus qu'André ce qui est vrai, ce qui a eu lieu ou ce qui n'existe plus. Les spectateurs sont tout aussi désorientés que lui. La mise en scène accentue cette perte de repères sans effets inutiles. Et si la pièce arrache parfois un rire, notamment devant l'aplomb ou la mauvaise foi de son personnage, celui-ci se fige presque aussitôt devant la violence de ce qui est en train de disparaître.

Le rôle d'une vie

Tour à tour charmeur, autoritaire, cabotin, cassant, puis soudain perdu comme un enfant, Pierre Arditi laisse apparaître par petites fissures l'homme vulnérable derrière celui qui s'obstine à garder le contrôle. Le rôle prend une résonance particulière quand on sait que son propre père, le peintre Georges Arditi, fut atteint de la maladie d'Alzheimer.

Autour de lui, Chloé Lambert, Stanislas Stanic, Carolina Jurczak et Vincent Deniard entretiennent avec beaucoup de justesse ce jeu de miroirs où les identités se brouillent. Vingt-cinq ans après avoir incarné une jeune femme perdant la mémoire dans Se souvenir des belles choses, Isabelle Carré, bouleversante, joue cette fois une fille qui regarde son père s'éloigner peu à peu d'elle. Jusqu'aux dernières minutes, Florian Zeller ne force jamais l'émotion. Et pourtant, elle est intense lorsque toute la salle se lève comme un seul homme pour faire retentir les applaudissements.

Le Père au Théâtre Édouard VII : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Publié le 13 octobre 2026 [Théâtres]

Sandrine Bonnaire est au Théâtre de l’Atelier, mise en scène par Jacques Osinski dans l’ultime texte écrit par Sarah Kane, terrible éphéméride de la psychose. Un coup de poing en caresse désespérée.

Familier du Théâtre de la Ville, David Lescot présente, dans la salle des Abbesses, son dernier spectacle, récemment créé au Théâtre de Cornouailles. Sur l’enfance, dont nul ne guérit jamais…

Rudy Milstein continue de croquer ses contemporains avec une précision et une causticité très efficaces. L’enfant paraît à la Pépinière : angoisses, fantasmes et déboires sont au rendez-vous !

Publié le 22 septembre 2026 [Théâtres]

Francis Perrin fête ses 60 ans de carrière au Théâtre de la Michodière, réunissant enfants et amis pour célébrer Molière et prouver, comme le patron, que l’amour est la meilleure des médecines.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !