[théâtre] 4.48 Psychose : Au-delà de la colère
Sandrine Bonnaire est au Théâtre de l’Atelier, mise en scène par Jacques Osinski dans l’ultime texte écrit par Sarah Kane, terrible éphéméride de la psychose. Un coup de poing en caresse désespérée.
Anarchie interne d’un esprit abandonné et cacophonie douloureuse de la maladie mentale : le dernier texte écrit par Sarah Kane semble un matériau brut que seule peut dompter l’actrice et organiser la mise en scène. Nuit après nuit, le personnage dresse le bilan vicieusement circulaire de ses angoisses, de ses échecs et de ses souffrances. Elle stigmatise l’inaptitude de la médecine à ne savoir soigner autrement qu’à grands coups de neuroleptiques son âme torturée. Les mots reviennent, en échos ou en litanies, comme pour signifier qu’en plus de l’espace, c’est aussi le temps que perd le psychotique.
La mort en partage
Plus de 20 ans après sa création en France par Christian Benedetti, le texte de Sarah Kane renaît dans une nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala. Après le succès de L’Amante anglaise en 2024, Jacques Osinski et Sandrine Bonnaire se retrouvent pour s’emparer de ce terrifiant testament. Edward Bond disait, à propos de 4.48 Psychose, « cet avis de suicide est votre nécrologie ». En quête d’amour et de beauté, Sarah Kane n’écrit pas seulement pour elle. Son propos est davantage métaphysique que psychologique : il est un appel à l’autre plutôt qu’un cri d’agonie. C’est de nous qu’elle parle jusqu’au bout, et de notre propre incapacité à entendre, voir ou toucher l’autre.
Lumineuse noirceur
À fleur de peau, en équilibriste, Sandrine Bonnaire maintient la tension dans une économie gestuelle qui oscille entre le renoncement et la menace. Cette mise en scène est celle d’après le marasme qu’a connu le monde au XXIe siècle, dans lequel n’entra pas la dramaturge britannique. Le récit semble revenu d’outre-tombe pour mieux dire ce qui fait notre époque égarée, dépressive, aboulique, sans désir ni jouissance. Le visage de Frédéric Leidgens, projeté sur l’écran du fond de scène, semble le témoin impuissant de cette déréliction qui est aussi désormais la nôtre et que Sandrine Bonnaire interprète avec une pudeur, une décence et une élégance qui la rendent d’autant plus cruelles.
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