[expo] Adya et Otto van Rees : Lumière sur un couple d’artistes méconnus

Otto Van Rees, Adya s'inclinant au berceau, 1917, huile sur toile, Coll. part © Adagp, Paris, 2025

Le Musée de Montmartre consacre une belle rétrospective à Adya et Otto van Rees, duo d’artistes longtemps resté à la lisière des grands récits de la modernité. Une exposition sensible et documentée, qui éclaire autant une aventure esthétique qu’une histoire de vie.

Il y a des artistes qui occupent le centre du cadre, et d’autres qui demeurent dans sa périphérie, et qui sont pourtant tout aussi révélateurs de leur époque. C’est précisément tout l’intérêt de cette exposition qui remet en lumière ce couple, originaire des Pays-Bas, dont le parcours épouse, de très près, les grands bouleversements esthétiques du XXe siècle. Installés au Bateau-Lavoir dès 1904, proches des milieux cubistes, dadaïstes puis abstraits, ils ont traversé les avant-gardes européennes avec une liberté qui mérite aujourd’hui d’être reconsidérée.

Une œuvre à deux voix

L’exposition a l’intelligence de ne pas seulement raconter un compagnonnage amoureux ou biographique, mais de faire entendre deux écritures plastiques distinctes. Otto van Rees (1884-1957) suit une trajectoire qui le mène du divisionnisme au cubisme en passant par le dadaïsme puis à l’abstraction géométrique ; Adya van Rees-Dutilh (1876-1959) se distingue, quant à elle, par une sensibilité plus intériorisée, particulièrement perceptible dans ses dessins et surtout dans ses broderies, médium qu’elle embrasse à partir de 1910 et qui a longtemps été relégué aux marges des arts dits majeurs. Dans l’écrin du Musée de Montmartre, ses créations textiles trouvent une place méritée et l’on se surprend même à regretter de ne pas en voir davantage tant elles impressionnent.

L’intime comme fil rouge

Les commissaires Alice S. Legé, du musée de Montmartre, et Irène Lesparre, de la fondation Van Rees aux Pays-Bas, ont opté pour un parcours chronologique et néanmoins sensible. De Paris à l’Italie, de Fleury-en-Bière à Zurich puis aux Pays-Bas, l’exposition réunit une centaine d’œuvres qui racontent autant une traversée des avant-gardes qu’un destin à deux. Ce qui frappe, ce sont les échos constants entre leurs vies et leurs travaux ; il est même touchant de voir à quel point ils s’observent à l’ouvrage, se peignent mutuellement au cœur du quotidien, comme pour mieux inscrire l’art dans la vie même. Moins qu’un simple récit sur la modernité artistique, l’exposition dessine ainsi le portrait d’un lien indissociable. Et d’ailleurs, ils reposent ensemble pour l’éternité avec comme épitaphe : Ars longa, vita brevis (« L’art est long, la vie est brève »).

Exposition Adya et Otto van Rees, au cœur des avant-gardes, à découvrir au Musée de Montmartre jusqu'au 13 septembre 2026

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