[expo] Georges de La Tour, entre ombre et lumière : Fiat lux !

Georges de La Tour, Le Reniement de saint Pierre, 1650 © Musée d’arts de Nantes - Photo Cécile Clos

Le Musée Jacquemart-André poursuit son exploration ténébriste. Après Caravage et Artemisia Gentileschi, Georges de La Tour ressurgit puissamment des ténèbres et brille de mille feux.

Lorsque l’enfant paraît, les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, se dérident soudain. Madeleine se repent, et la douceur de la miséricorde inonde la toile. Une jeune femme s’épuce, et le flou de son giron rebondi laisse deviner le mystère ou espérer le miracle. Les larmes de Pierre brillent sur ses joues, éclairées « non par cette lumière vulgaire qu’aperçoit toute chair », dirait Augustin, mais par « une lumière différente, tout à fait différente ». Les chefs-d’œuvre réunis par le Musée Jacquemart-André, dans une scénographie d’Hubert le Gall et sous le commissariat de Gail Feigenbaum et Pierre Curie, sont comme une révélation !

Gloire, oubli et résurrection

Cette rétrospective est la première consacrée à La Tour depuis l’exposition historique du Grand Palais en 1997. Elle rassemble une trentaine d’œuvres, en proposant une approche thématique qui permet de cerner l’originalité d’un artiste oublié après son décès et redécouvert par les historiens d’art à partir de 1910. Si l’humeur de l’artiste était réputée ombrageuse, son succès fut immense de son vivant, au point que Louis XIII, dit-on, fit retirer tous les tableaux de sa chambre pour n’y conserver que son Saint Sébastien, aujourd’hui perdu.

Lux ex tenebris

Le peintre a travaillé pour les plus grands et a peint les plus petits. Le personnage du musicien aveugle est ainsi décliné dans plusieurs versions, dans une tradition illustrée aussi par Jacques Callot et Jacques Bellange, invités dans cette plongée en clair-obscur. Peintre de la flamme matérielle (brasero, tison ou chandelle), La Tour est aussi celui d’une spiritualité intense et acétique, où la lumière se fait parole : celle, acerbe, de la femme de Job dont le devantier porte les bouleversantes traces du soin ménager, celle, amusée, des joueurs de dés, celle, harassée, de Jean-Baptiste au désert. On ne sait pas grand-chose de la vie du maître, mais « il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir », comme disait Blaise Pascal, autre phare du Grand Siècle.

Exposition Georges de La Tour, à découvrir au Musée Jacquemart-André jusqu'au 25 janvier 2026

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