[critique] Chère Insaisissable : De l’horizontal à l’élévation

© Anne Gayan

Mise en scène par Jean-Luc Revol, Sophie Tellier interprète le texte pétillant qu’elle a écrit sur la vie de Liane de Pougy, la grande horizontale qui fit les délices de la Belle Époque. Drôle et touchant !

Si les femmes sont des objets à acheter, peu importe que ce soit pour une nuit ou pour la vie. Tout est dans l’emballage : la courtisane sait y faire pour vendre très cher le rêve bradé par les gaupes et terni par les régulières. Telle fut Anne-Marie Chassaigne, devenue Liane de Pougy. Avec cette particule fantaisiste et ce souple prénom, elle gagna la respectabilité qui lui évita le ruisseau et la liberté qui la sauva d’un mari brutal. Scandaleuse tapageuse, idole des banquiers et amie des invertis, experte en joliesse et adroite gestionnaire d’une fortune acquise en dormant, elle brilla en astre dévorant sur les scènes et dans les salons.

Du bordel au couvent

Sophie Tellier se coule avec une stupéfiante aisance dans le rôle de cette femme libre, ni véritable transclasse (opprobre oblige), ni féministe reconnue (luxure empêche), mais suffisamment insolente pour revendiquer de se prêter à ses admirateurs et de ne se donner qu’à ses amantes. Liane consentit à coucher avec tous les hommes capables de la couvrir de perles et légua sa fortune aux Dominicaines, qu’elle rejoignit en Sœur Anne-Marie de la Pénitence, après avoir transformé sa chambre du Carlton de Lausanne en cellule !

Demi-mondaine et artiste complète

Rimes féminines et chansons mutines rythment le texte. Les paroles immortalisées par Joséphine Baker, Lucienne Delisle, les Sœurs Etienne, Boris Vian, Jean Ferrat, Barbara, Gainsbourg et Juliette offrent fantaisie et émotion. Sophie Tellier chante avec grand talent, sans doute mieux que Liane, à qui Sarah Bernhardt avait conseillé de « n’ouvrir la bouche que pour sourire » ! Dans une tenue champagne ou une vaporeuse robe de cygne, semblable à celle dans laquelle Nadar immortalisa « la plus jolie femme du siècle », la comédienne se cabre et se love, s’étire et s’enroule. Luc-Emmanuel Betton et Djahiz Gil sont en alternance au piano, offrant Satie, Reynaldo Hahn, des valses argentines et leur faconde pour soutenir la belle dans sa course folâtre du lit au ciel.

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