[critique] Le Dernier Cèdre du Liban : Une quête d'identité au cœur de l'Histoire

© Rubens Hazon

Aïda Asgharzadeh livre une pièce bouleversante sur la scène du Théâtre de l’Œuvre, au carrefour entre la filiation, la mémoire et la transmission. Le Dernier Cèdre du Liban, d’une intensité rare, emporte le spectateur dans une quête à la fois intime et universelle.

Eva, 17 ans, est une adolescente brillante mais en colère, enfermée dans un Centre d’éducation fermé à Mont-de-Marsan. Abandonnée à la naissance, elle ignore tout de ses origines. Jusqu’au jour où, convoquée chez un notaire, elle hérite d’un étrange legs : un vieux dictaphone et des dizaines de microcassettes qui l’accompagnent. À travers la voix enregistrée de sa mère Anna – reporter de guerre disparue – Eva découvre peu à peu le récit d’une vie hors norme, traversée par des événements qui ont bouleversé l’Histoire : le Liban en flammes, le discours d’Arafat à l’ONU ou encore la chute du mur de Berlin.

Un théâtre de la transmission

Sur scène, trois comédiens portent avec justesse ce texte touchant. Maëlis Adalle incarne Eva avec une énergie brute et une émotion à fleur de peau. Magali Genoud prête sa force et sa pudeur à Anna, figure de mère absente mais inoubliable. Quant à Azeddine Benamara, il endosse une multitude de rôles masculins avec une aisance virtuose, passant d’un amant à un père, d’un ami à un témoin de guerre.

Dans une mise en scène sobre et ingénieuse de Nikola Carton, chaque accessoire, chaque lumière, chaque geste devient signifiant. Cette sobriété scénique permet aux spectateurs de se concentrer pleinement sur la force et le sens des mots transmis par les interprètes.

Entre colère et tendresse

En retraçant le destin de sa mère, Eva apprend aussi à apprivoiser sa propre colère et à se construire un chemin vers elle-même. Loin du pathos, la pièce respire. Elle prend le temps de raconter, d’installer le rythme des révélations, comme un jeu de piste où chaque cassette rapproche un peu plus Eva de son histoire. Ici, l’émotion naît de la retenue, de la justesse, d’un théâtre qui laisse toute sa place aux voix et aux silences. Le Dernier Cèdre du Liban frappe par sa puissance et son humanité. Les spectateurs ressortent bouleversés par cette histoire poignante qui prend aux tripes. Entre colère et tendresse, il interroge ce que l’on transmet vraiment : des objets, des souvenirs… ou des mots gravés au milieu du chaos.

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