[théâtre] Walt, la folie Disney : L'envers du conte
Sur la petite scène du Paradis du Lucernaire, Clément Vieu incarne avec une énergie virevoltante le célèbre et pourtant méconnu Walt Disney. Une intéressante réflexion sur les affres de la création.
Walt Disney a terminé sa carrière à la tête d’un empire, collectionnant succès et Oscars. Créateur de la souris la plus célèbre au monde, il aurait pu se contenter de creuser le filon animalier des canards grincheux et grands chiens stupides, mais, en 1934, il décide de produire un long métrage d’animation autour de l’histoire de la princesse à la peau blanche comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme l’ébène. Son frère et sa femme s’inquiètent, ses concurrents prédisent sa faillite, mais Walt s’obstine : « Blanche-Neige, c’est moi ! » font dire Fanny Dupin et Damien Maric à Clément Vieu, qui incarne le maître du cartoon.
Le chemin est long du projet à la chose
Assis à son bureau que l’astucieuse scénographie de Juliette Azzopardi et Jean-Benoît Thibaud transforme au gré du récit, Clément Vieu est un Walt Disney plus vrai que nature, de la fine moustache à l’élégance du costume. La mise en scène de Victoire Berger-Perrin exploite avec efficacité la force narrative du comédien, qui réussit remarquablement à suggérer les parts d’ombre qui taraudent son personnage. Du martinet du père autocrate aux exigences des financiers, du frère frileux à l’épouse délaissée pour sept nains, Walt a dû déjouer bien des embûches avant que ne vienne le succès, comme le prince arrache sa belle à la relégation sylvestre.
Les sentiers de la gloire
La pièce montre combien le génie n’est rien sans la transpiration qui transforme l’inspiration en œuvre. Du choix de la voix de Blanche-Neige à la personnalité des nains, des dessinateurs à recruter aux hypothèques à consentir, des coloristes à remercier aux livres à consulter pour nourrir l’imagination des scénaristes, Walt se démène, au point de risquer la folie dont tout le monde le soupçonne. Le succès planétaire du résultat finit par récompenser l’audacieux. Clément Vieu mime le film après avoir raconté la vie de son auteur : comme l’œuvre naît du pinceau, la vie surgit du jeu avec un vrai grand talent.
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