[critique] Le Voyage de monsieur Perrichon : Amer savoir, celui qu'on tire du voyage.
Allègre et pétulante version du Voyage de monsieur Perrichon aux Artistic Athévains : Frédérique Lazarini traque la gravité sous le rire en conservant l’élégance des vrais moralistes : faire léger.
« C’est le frisson de l’inconnu qui nourrit le comique de la bourgeoisie selon Labiche et qui parcourt ses minuscules odyssées. », remarquait le regretté Robert Abirached. Il en va ainsi des aventures du carrossier Perrichon, qui a travaillé toute la vie et fête son retrait des affaires en se payant des vacances. Las ! Les bourgeois connaissent l’aisance mais pas la détente : l’excursion à Chamonix panique Perrichon qui la prépare et l’organise en comptable. Les costumes de Dominique Bourde le suggèrent d’emblée : les Perrichon ont investi dans la doudoune et sont déguisés comme Jourdain quand il veut faire gentilhomme.
Alerte mécanique du rire
Affolement à la gare de Lyon, affolement sur la Mer de Glace puis retour au jardin : Perrichon ne retrouve la raison qu’une fois rentré dans ses meubles et ses repères. Frédérique Lazarini met en scène Labiche en l’écoutant : à Zola qui le soupçonnait d’être grave, le roi du vaudeville répondait qu’il voyait gai parce qu’il avait « l’œil fait comme ça ». La pièce commence donc littéralement sur les chapeaux de roue, dans une veine cartoonesque, burlesque et extravagante, que servent remarquablement la scénographie de François Cabanat et les effets vidéo d’Hugo Givort. Mais la drôlerie n’empêche pas la perspicacité : Labiche est fin ethnographe et les bourgeois bouffis d’orgueil !
Victoire du cœur sur l’esprit
Si le candide Perrichon est finalement déniaisé, il doit son dessillement à la vanité de ceux qui croient le tromper. Mais Perrichon est bonhomme en plus d’être honnête et il reconnaît de bon cœur qu’il a manqué d’esprit. L’interprétation subtile de Cédric Colas, qui n’a rien de l’abruti rondouillard qu’on choisit souvent pour camper son personnage, contribue élégamment à ce renversement. Autour de lui, Emmanuelle Galabru, excellente en épouse honorable, l’épatante Messaline Paillet, Hugo Givort, Arthur Guézennec et Guillaume Veyre composent une troupe harmonieuse et talentueuse, qui mène l’intrigue tambour battant.
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