[théâtre] Josef K. : Cantique mécanique

Clément Poirée © Fanchon Bilbille

Clément Poirée explore Kafka, tuilant Le Procès avec des extraits de son journal et Elizaviéta Bam, de Daniil Harms. La Tempête ouvre la saison en disséquant les dispositifs d’arraisonnement.

« Qui êtes-vous pour oser m’agresser chez moi ? Qu’est-ce que vous racontez ? D’où sortez-vous ? De quelle administration ? Nous vivons dans un État de droit, nous ne sommes pas en guerre ou en état d’urgence que je sache. C’est une plaisanterie ? » Ainsi démarre, le matin de son trentième anniversaire, l’engrenage qui va broyer Josef K., quand on vient l’arrêter dans sa chambre alors qu’il part travailler. K. se débat et clame son innocence face à une machine administrative tentaculaire et protéiforme. Qui est coupable, celui qui décide ou celui qui accepte sa culpabilité ? Clément Poirée propose une plongée dans l’œuvre de Kafka, entre thriller existentiel et visions imaginaires.

Polar métaphysique

À la fois fable politique visionnaire et drame subjectif de l’âme humaine incapable de percevoir les lois qui régissent son existence, le spectacle croise la trame du Procès et la chaîne burlesque et fantaisiste des récits de rêves dont Kafka a peuplé son journal, convoquant des anges déchus, un champion olympique de natation, des hommes sans yeux, un toréador désœuvré et même un homme-écureuil… Les interprètes naviguent entre le jeu concret et naturel que demande Le Procès et la dramaturgie onirique qui invite la représentation aux pratiques circassiennes, à la danse et au théâtre musical.

Histoire d’une âme

Au plateau, scénographié par Erwan Creff, la chambre de K. est comme une boîte crânienne qui s’ouvre et se déforme pour créer des espaces différents : escaliers, portes et couloirs sont ceux du labyrinthe physique et spirituel dans lequel chemine Josef K., comme le lecteur dans le puzzle librement assemblé d’une œuvre dont les chapitres nous sont parvenus sans que l’on sache dans quel ordre Kafka aurait souhaité les organiser. Clément Poirée organise cette pérégrination entre les obsessions, les fantasmes, les désirs, les peurs, les doutes et les ruminations du génie pragois, avec l’intuition kafkaïenne comme guide : « Le théâtre n’est jamais aussi fort que lorsqu’il se fait périscope de l’âme. »

Josef K. au Théâtre de la Tempête : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles

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