[théâtre] L'Amant : On ne badine pas avec l’amour !

© Émilie Brouchon

Au Théâtre de Paris, Sarah Biasini et Pierre Rochefort reprennent le joli spectacle créé avec grand succès l’an dernier à Avignon, dans la mise en scène élégante et fluide de Thierry Harcourt.

Pour que la maman ne l’emporte pas sur la putain, pour que leurs corps continuent d’exulter, Sarah et Richard inventent un jeu : il sera Max ; elle sera Marie ou Dolorès ; ils joueront, en secret, les amants scandaleux que la respectabilité bourgeoise dompte par les rets maritaux. Un cinq à sept à domicile pimente la relation selon l’adage sadien : « Renonce à l’idée d’un autre monde, il n’y en a point, mais ne renonce pas au plaisir d’être heureux et d’en faire en celui-ci. Voilà la seule façon que la nature t’offre de doubler ton existence ou de l’étendre. »

Qui perd gagne, qui gagne perd…

Reste que Richard finit par se lasser de Max : le vilain mari tue le prince charmant… Sarah a beau faire, la fantaisie cesse, faute de loving partner… À partir du schéma classique de la valse des attachements, Harold Pinter invente un tango terrible : les danseurs perdent l’équilibre, en ruinant la confiance, non pas en l’autre, mais en leur capacité de dédoublement. L’enjeu éthique de cette pièce remarquablement écrite, et finement rendue en français par Eric Kahane, est la véracité davantage que la fidélité : la scène sociale est un théâtre émétique mais l’on ne peut faire autrement qu’y jouer. Malheur à qui ne peut choisir son rôle !

Tristesse de la chair

La pièce, originale et grinçante, désarçonne le spectateur. Rien ne lui est caché, exactement comme pour Sarah et Richard. On voit que Max est Richard, mais on peine à croire que le cerveau puisse imposer un tel défi au cœur. Sarah Biasini et Pierre Rochefort, beaux et touchants, font preuve d’une complicité patente et d’une complémentarité éclatante. Thierry Harcourt les met en scène avec autant de précision que de fantaisie, ménageant avec adresse les étapes de la révélation du désastre. L’adultère est un cul-de-sac ; la tranquillité retrouvée du ronron ennuyé, plus angoissante que la trahison. Le vrai bonheur est dans la chasse et non dans le lièvre qu’on court, disait Pascal : « On n’en voudrait pas s’il était offert. » Tel est le principe du divertissement !

L'Amant au Théâtre de Paris (salle Réjane) : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles

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