[théâtre] Paris is magique, ou l'art de mentir par amour
Sacha Judaszko et Nicolas Nebot signent la première comédie musicale entièrement consacrée à la Ville Lumière. Un divertissement enlevé et bardé de clichés qui raille la légendaire mauvaise humeur des Parisiens.
Il fallait bien qu'une comédie musicale s'empare un jour du plus tenace des mythes touristiques : LA ville de l'amour. Tout commence comme un pastiche du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, béret vissé sur la tête et accordéon en bandoulière, un narrateur plante le décor, celui d’une capitale fantasmée, ce Paris que la série Emily in Paris magnifie à l'excès. Pourtant, derrière l'image d'Épinal se cache une réalité beaucoup moins flatteuse, dans laquelle les auteurs de la pièce sont venus piocher la matière comico-romantique de leur spectacle truffé de références à la culture populaire de La Belle et le Clochard à La La Land.
Paris vaut bien un mensonge
Nicolas (Christophe Mai), chirurgien parisien exilé à Tokyo, rentre au pays avec Kim (Lorie Lina), sa fiancée japonaise qui ne connaît Paris qu'à travers les films. Durant le vol, il découvre le « syndrome de Paris », une dépression qui frappe les touristes nippons quand Paris révèle son vrai visage : sale, chère et peuplée de Parisiennes et de Parisiens mal embouchés. Pour épargner sa promise, trop sensible, Nicolas décide alors de lui mentir afin de ne pas égratigner le mythe et chaque tare se mue alors en qualité inattendue…
Grâce à un dispositif vidéo immersif, avec surtitrage en anglais et japonais, les spectateurs suivent le couple depuis l’aéroport jusqu’au Trocadéro, en passant par le splendide appartement des parents de Nicolas, qui se révèle être un taudis, mais après tout ne dit-on pas que tout ce qui est petit est mignon ? Reste à affronter aussi les mensonges de la famille…
Clichés et faux-semblants
En effet, chacun y va de sa petite comédie. La mère, ex-meneuse de revue, accro au bistouri (Estelle Danière), et le père, jadis chef reconverti dans un kebab (Laurent Kiefer), n’osent pas dire à leur fils qu’ils sont séparés depuis des années, sans compter l’amie d'enfance (Joy Esther) prête à tout pour prendre la place de la future mariée.
Autour de ce quintet gravite toute une galerie de personnages, interprétés par Thierry Gondet et Véronique Hatat, qui rivalisent de mauvaise humeur et de mauvaise foi. Même les pigeons s'en mêlent, en marionnettes gouailleuses. Portée par les mélodies de Dominique Mattei, les chorégraphies de Patricia Delon (La Maison hantée, La Dame de chez Maxim...) et une réelle inventivité visuelle, la mécanique tourne presque deux heures sans temps mort jusqu’au happy end… comme une bonne comédie du dimanche soir.
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