[théâtre] Les Virtuoses se réinventent
Après plus de 10 ans de tournée avec leur premier spectacle musical, Les Virtuoses reviennent avec une nouvelle création. Ils auraient pu faire pareil en mieux. Ils ont choisi de tout recommencer et c'est tant mieux.
Mathias et Julien Cadez ont pris le risque de briser leur duo en y introduisant un troisième personnage. L'idée de départ est simple : une mystérieuse violoniste débarque un soir de tempête chez deux pianistes qui n'avaient pas prévu de violon dans leur partition. Cette rencontre inattendue devient d’abord source de quiproquos, de jalousie sourde, de désir contrarié avant de trouver la voie de l’harmonie. Ce qui aurait pu n'être qu'un prétexte scénique devient le vrai moteur dramaturgique du spectacle, sa colonne vertébrale narrative.
L’inconnue de la tempête
La violoniste en question n'est pas une inconnue pour les frères Cadez : Anna Gagneur, formée aux côtés du Quatuor Debussy, est leur petite-cousine, issue de la même souche familiale où s'entrecroisent depuis trois générations magiciens, clowns et musiciens. Son personnage tempétueux et puissant vient déstabiliser l'univers des deux pianistes, et plus précisément celui du plus névrosé des deux, qui craint qu'elle soit meilleure que lui, qu'elle lui prenne sa place. Des ressorts universels à peine voilés : la peur de l'étranger, la jalousie du territoire, et, en creux, tous les débats politiques et géopolitiques que le théâtre humaniste a toujours su porter sans jamais les asséner.
Sans un mot, la fête est plus folle
Fidèle à l'art de la pantomime, devenu la signature des frères Cadez, le spectacle est intégralement muet. Et c'est précisément ce mutisme qui fait sa force. Les regards, les gestes, les accessoires, la scénographie, un appartement en proie au chaos, deux pianos, des partitions éparpillées, une grande fenêtre ouverte sur l'inconnu, construisent un langage universel où la musique devient un personnage à part entière. Bach, Vivaldi, Khatchaturian, Morricone, Mendelssohn ou Hans Zimmer se succèdent non pour flatter le répertoire mais pour incarner des états intérieurs, des conflits ou des réconciliations. Quelques tours de magie s'y glissent aussi, rappelant une longue lignée d’illusionnistes dans la famille Cadez. Les enfants comprennent l'histoire et rigolent, les parents ont les références musicales et cinématographiques. Et quand la tempête passe, quelque chose reste.
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