[théâtre] Potiche, ou l'irrésistible revanche d'une femme trop bien rangée
Clémentine Célarié se glisse dans les escarpins de Suzanne Pujol pour la reprise de la comédie culte de Barillet et Grédy. Une Potiche réjouissante qui prouve que le boulevard sait encore capter l'air du temps.
Il y a des textes qui traversent les décennies sans perdre une once de leur mordant, comme Potiche, créée en 1980 au Théâtre Antoine avec l'inoubliable Jacqueline Maillan. Popularisée par l'adaptation cinématographique de François Ozon en 2010, la pièce fait son grand retour sur les planches parisiennes après plus de 40 ans d'absence. C'est désormais Clémentine Célarié qui endosse ce rôle emblématique d'épouse modèle découvrant qu'elle peut être bien plus qu’un simple bibelot.
Le boulevard dans toute sa splendeur
Suzanne Pujol mène une existence rangée aux côtés de son mari, patron d’une usine de parapluies, aussi autoritaire qu'infidèle. Lorsque la grève éclate à l'usine, cette femme qu'on croyait docile révèle un talent insoupçonné pour le pouvoir. Charles Templon signe une mise en scène qui embrasse les codes du boulevard sans tomber pour autant dans le pastiche nostalgique. Pour installer ce théâtre des apparences où les masques finissent par tomber les uns après les autres, il s’appuie sur un décor imposant, un salon bourgeois aux accents Art déco imaginé par Nicolas Delas. Les répliques fusent, portées par une ironie sociale qui n'a pas pris une ride. Car sous ses airs légers, la pièce dissèque les hypocrisies familiales et les rapports de force qui s'exercent dans l'intimité conjugale ou dans l'entreprise.
Clémentine Célarié, la potiche parfaite
Mise en plis impeccable, jupe bien sage et sourire de circonstance : la comédienne, qui retrouve son « clown » après de nombreux rôles dramatiques, fait son entrée en épouse effacée, le tissu de son chemisier se confond même avec celui des coussins du canapé… De là à dire qu’elle fait partie des meubles, il n’y a qu’un pas. La voir sortir peu à peu de sa coquille est totalement grisant sous le regard amusé ou circonspect de son entourage. Philippe Uchan compose un mari misogyne et odieux, tandis que Jérôme Pouly insuffle au député-maire communiste une bonhomie politique irrésistible. Benjamin Siksou et Alexie Ribes incarnent avec justesse des enfants tiraillés entre loyautés contradictoires. Mention spéciale à Hugo Bardin (alias Paloma) qui donne une nouvelle ampleur à Nadège, l’assistante et maîtresse de Monsieur Pujol. On rit beaucoup. Mais au-delà du divertissement, Potiche raconte avant tout l'émancipation d'une femme. Féministe avant l’heure.
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