[théâtre] Antigone : Pas de tyran sans chien de garde
Au Théâtre de Poche-Montparnasse, Didier Long met en scène Antigone, de Jean Anouilh. La fronde de la jeunesse se heurte à l’incompréhension des parents : les Labdacides sont d’une vive et plaisante actualité.
Papa est mort. C’est bien triste, mais c’est la vie. Maman aussi, d’ailleurs, mais on n’en parle pas. Reste donc Tonton, pour assurer l’intérim à la tête de la cité, puisque, faute à pas de chance ou plutôt au destin, les deux héritiers, qui avaient la tête un peu trop près du bonnet, se sont entretués à la porte de Thèbes. Ont survécu au massacre : la nourrice, qui se plaint (il faut avouer que baby-sitter les Labdacides n’est pas de tout repos !), Ismène, qui aimerait bien que l’ambiance se calme, et Antigone qui boude sur sa colonne, en stylite et en refuznik. Les familles décomposées ou recomposées s’y reconnaîtront sans mal : pas facile d’élever les enfants des autres !
Défaite de la tragédie
Si Jean Anouilh modernise le mythe antique, Didier Long appuie le trait. Costumes confortables d’une bourgeoisie prospère, jeu tout en rondeur d’Éric Laugérias (Créon) et Valérie Vogt (la nourrice, en alternance avec Séverine Vincent), qui ressemblent à nos contemporains devant faire face aux caprices de leurs adolescents. Robin Hairabian (Hémon) et Cassandre de Kerraoul (Ismène) paraissent dépassés par la crise familiale. Hermine Granville (Antigone), par fidélité à ce que commande le texte d’Anouilh, incarne la résistance sans raison à l’ordre de la cité et à ceux de son oncle, qui ressemble plus à un politicard fricoteur qu’à un despote aveugle.
Victoire du maintien de l’ordre
La portée politique de la pièce apparaît avec le personnage du garde, qu’Antony Cochin (en alternance avec Didier Long) incarne avec grand talent. Le comédien est à la fois glaçant et très drôle dans le rôle du fonctionnaire zélé et pleutre, collabo par nécessité, puisqu’il faut bien manger et toucher la prime pour aller boire avec les copains chez la Tordue. Cette racaille sans idéal, « larbin de l’ordre et hanneton de l’espérance » aurait dit Césaire, est la clé de ce drame. Antony Cochin, terrible en médiocre, montre magistralement comment le tyran a besoin de laquais craintifs pour régner. Avis à notre époque !
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