[théâtre] Le Chant des lions : Écoute aujourd’hui, jeunesse de France…
Le Théâtre Tristan-Bernard accueille la pièce intelligente de Julien Delpech et Alexandre Foulon, qui retrace une passionnante histoire de la Résistance, autour de la naissance du « Chant des partisans ».
Si Les Rayons et les Ombres, de Xavier Giannoli, montre comme il est facile de se laisser aller à l’abjection, la pièce de Julien Delpech et Alexandre Foulon explore l’autre partie du spectre politique et moral, où se tinrent, à divers endroits, ceux qui résistèrent au nazisme. La pièce suggère que si certains furent valeureux jusque dans le sacrifice (ainsi le personnage de La Carpe, qui, comme Moulin pour narguer Barbie, caricature son bourreau au lieu de donner ses camarades), d’autres choisirent le bon côté de la force par désœuvrement, par opportunisme ou par soif d’aventure.
La belle et la bête
La pièce a pour pivot la romance entre Joseph Kessel (excellent Éric Chantelauze) et Germaine Sablon (Marina Pangos, révélation féminine de la distribution) : d’un côté, le journaliste aventurier dont le parcours politique et amoureux chancèle avant l’absolution de la gloire léonine d’après-guerre, de l’autre l’artiste résistante, qui, contrairement à d’autres, ne chanta pas pour l’occupant mais contre lui… Autour de ces deux étoiles gravitent l’excellent Thibault Pinson (un Maurice Druon suiviste et falot), Élodie Colin (poignante dans le double rôle de La Carpe et de Katia, la légitime stoïque de Jef), Thierry Pietra, remarquable dans les différents seconds rôles, et Mehdi Bourayou, qui a composé la musique qu’il interprète brillamment en direct.
Malheureux le pays qui a besoin de héros
La mise en scène de Charlotte Matzneff fluidifie le récit et tuile habilement ses différentes strates. Les comédiens réussissent magnifiquement à montrer – tant par leur complémentarité que lorsqu’ils jouent plusieurs rôles – que la Résistance fut polychrome et ses héros plus complexes que ce que l’histoire en retint. On comprend surtout qu’ils gagnèrent ensemble, malgré leurs différends, malgré leurs différences, entonnant ce « chant de complicité » dont parlait Malraux en accueillant Moulin au Panthéon : « Écoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le chant du malheur »…
Le Chant des lions au Théâtre Tristan-Bernard : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles
Partager cet article sur :
Nos derniers articles
Après Robert Hirsch et Anthony Hopkins, Pierre Arditi rêvait depuis longtemps d'endosser le rôle d'André. À 81 ans, il le reprend enfin, face à Isabelle Carré, dans une nouvelle mise en scène signée Florian Zeller. Un rendez-vous particulièrement émouvant.
Sandrine Bonnaire est au Théâtre de l’Atelier, mise en scène par Jacques Osinski dans l’ultime texte écrit par Sarah Kane, terrible éphéméride de la psychose. Un coup de poing en caresse désespérée.
Familier du Théâtre de la Ville, David Lescot présente, dans la salle des Abbesses, son dernier spectacle, récemment créé au Théâtre de Cornouailles. Sur l’enfance, dont nul ne guérit jamais…
Rudy Milstein continue de croquer ses contemporains avec une précision et une causticité très efficaces. L’enfant paraît à la Pépinière : angoisses, fantasmes et déboires sont au rendez-vous !





