[critique] Karma : Le poids des silences
Vingt ans après Ne le dis à personne, Guillaume Canet revient au thriller avec Karma. Marion Cotillard et Denis Ménochet portent ce récit sombre sur l’emprise, dont la tension tient autant aux soupçons qui entourent une femme en fuite, qu’à l’autorité de ceux qui l’accueillent.
Installée dans le nord de l’Espagne, Jeanne partage sa vie avec Daniel, qui ignore tout de son passé. Lorsque Mateo, son filleul de six ans, disparaît, les doutes se portent sur elle. Pour échapper à la police, elle se réfugie en France, auprès de la communauté religieuse dans laquelle elle a grandi. Daniel, convaincu de son innocence, part à sa recherche. L’enquête conduit alors le spectateur dans un monde fermé, régi par ses propres règles, où les blessures anciennes demeurent à vif.
Un thriller sur l’emprise et le secret
Après Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu, Guillaume Canet change radicalement de registre. Il retrouve le plaisir du suspense, mais délaisse la mécanique pure du polar pour quelque chose de plus intime. La disparition de l’enfant n’est bientôt plus que la porte d’entrée d’un récit sur l’emprise, exposant méthodiquement les dégâts causés par le silence. La communauté que retrouve Jeanne est filmée comme un lieu à la fois rassurant et oppressant, où la bienveillance affichée dissimule des rapports de pouvoir beaucoup plus sombres. La photographie de Benoît Debie enveloppe les personnages d’une lumière dense, presque étouffante, qui accompagne la montée progressive de la tension.
Au centre du film, Marion Cotillard livre une prestation particulièrement physique. L’actrice interprète une femme ambiguë, fragilisée par des peurs anciennes. Face à elle, Denis Ménochet, en chef de communauté, impose une présence massive dont le calme même devient menaçant. Guillaume Canet prend tout particulièrement le temps d’installer cette confrontation. Il laisse affleurer avec brio les non-dits. Karma est ample, jouant sur la durée pour instaurer ce climat de malaise. Le cinéaste signe surtout un film habité par une idée simple : ce que l’on tente d’enfouir au plus profond de soi finit toujours par ressurgir. Un thriller noir et généreux, qui transforme une enquête policière en combat pour reprendre possession de son histoire.
Karma, sortie dans les salles le 21 octobre 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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