[critique] Les enfants vont bien : La profondeur de l'absence

© 2025 Chi-Fou-Mi Productions - StudioCanal - France 2 Cinéma

Après Toni, en famille, Nathan Ambrosioni poursuit sa cartographie des liens familiaux, en y creusant cette fois le vide que laisse une disparition.

Inspiré par les témoignages de personnes concernées par les fugues volontaires, Les enfants vont bien fait le choix de s’attarder non sur celle qui s’évanouit, mais sur ceux qu’elle abandonne.

Suzanne (Juliette Armanet), jeune mère visiblement à bout de souffle, dépose ses deux enfants chez sa sœur Jeanne (Camille Cottin), avant de disparaître au matin, ne laissant derrière elle qu’un mot. Jeanne se retrouve alors propulsée dans une parentalité de fortune, face à Gaspard et Margaux, deux enfants dont elle ignore tout. Commence alors un récit discret et subtil, où l’urgence du quotidien côtoie les cicatrices du passé.

La mise en scène du manque

Nathan Ambrosioni choisit une voie épurée, sans emphase ni pathos, pour traduire la déflagration intime que provoque ce geste silencieux. Il filme l’absence non comme une ellipse mais comme une empreinte, une présence spectrale qui s’insinue dans chaque mouvement. La caméra se fait modeste, souvent à hauteur d’enfant, à l’écoute de ce qui ne peut se dire. Le réel qu’elle capte est d’une limpidité bouleversante, habité par cette douleur qui ne crie jamais, mais qui s’imprime dans la durée.

Dans le rôle de Jeanne, Camille Cottin trouve un registre d’une rare finesse. Elle incarne la sidération puis l’apprentissage avec une justesse sans effets, laissant affleurer l’émotion par des détails imperceptibles : une hésitation à parler, un geste maladroit, une tendresse qui se cherche.

Mais c’est peut-être dans la direction des acteurs mineurs que le film atteint une grâce singulière. Manoã Varvat et Nina Birman, dans les rôles de Gaspard et Margaux, ne jouent pas : ils habitent le film avec une vérité brute, une intensité fragile qui bouleverse sans jamais forcer l’émotion. Manoã Varvat, notamment, impose un regard qui en dit long sur le désarroi d’un enfant confronté à des réalités qui le dépassent. Il devine sans comprendre, perçoit les failles, les murmures d’adultes. À l’inverse, Margaux, encore trop jeune pour nommer le manque, le traverse avec une forme d’insouciance. Cette dissymétrie des regards forme le cœur battant du film. Entre eux, Jeanne se cherche une place, vacille, se découvre mère malgré elle, dans un lien qui s’improvise et s’étoffe jour après jour.

Les enfants vont bien, sortie dans les salles le 3 décembre 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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