[critique] Marty Supreme : L'ivresse du ping-pong

Metropolitan Filmexport

Le réalisateur Josh Safdie transforme le tennis de table en une hallucination cinétique et fiévreuse. Porté par un Timothée Chalamet méconnaissable, Marty Supreme est un smash visuel qui ne relâche jamais la pression.

C'est une histoire de rebonds, de trajectoires liftées et d'ego surdimensionné, le tout baigné dans la fumée des tripots new-yorkais du milieu du XXe siècle. Marty Supreme plonge dans l'ascension de Marty Reisman, figure légendaire et excentrique du tennis de table. Loin des gymnases aseptisés, le film dépeint un univers de paris clandestins et d'arnaques. Le sportif, armé de sa raquette et de son assurance de dandy, cherche à conquérir le titre mondial tout en cultivant un style de vie aussi spectaculaire que précaire.

L'acte d'émancipation de Josh Safdie

Pour Josh Safdie, Marty Supreme marque une rupture décisive. Séparé de son frère Benny, avec qui il avait ciselé le chaos urbain de Good Time et Uncut Gems, le cinéaste s'avance seul. Le projet arrive à sublimer un sport souvent relégué au rang de loisir de garage, le transformant en un véritable combat pour l'honneur. À la géométrie rigoureuse du ping-pong, le film applique la grammaire traditionnelle des frères Safdie, mêlant urgence, saturation et suffocation. Les images sont portées par une énergie débridée, l'esthétique du chaos maîtrisé agissant comme un véritable moteur narratif. Le réalisateur manie l'urgence avec une dextérité technique indéniable, bousculant le spectateur d'une arnaque à l'autre.

Visuellement, le film impressionne. La caméra ne se contente pas de filmer le sport, elle s'y engouffre. Le montage, d'une précision fébrile, épouse la pulsation des échanges. Chaque coup droit claque comme une gifle. La mise en scène s'accordant à l'obsession du personnage, jusqu'à l'épuisement. Timothée Chalamet signe une composition remarquable. Moustache fine, gestuelle nerveuse, regard fiévreux, il habite ce hustler (entre débrouillard et arnaqueur) avec une intensité qui force le respect, prouvant une nouvelle fois sa capacité à s'effacer derrière des figures plus grandes que nature. Gwyneth Paltrow, dans un retour remarqué, apporte une gravité bienvenue, comme un point d'ancrage fragile au milieu de ce tourbillon permanent.

Marty Supreme, sortie dans les salles le 18 février 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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