[critique] Aucun autre choix : Quand la recherche d’un emploi rend fou

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Spécialiste du genre, multiprimé et nommé dans tous les festivals, le réalisateur coréen Park Chan-wook trousse un thriller qui, sous un humour noir féroce, dénonce un système économique inhumain. Un conte amoral réjouissant.

Corée, de nos jours. Après 25 ans de bons et loyaux services au sein d’une usine de papier, You Man-su est licencié. Il commence à chercher un autre emploi. Mais face aux difficultés qu’il rencontre dans un contexte hyper concurrentiel, bien décidé à conserver son niveau de vie et à protéger sa famille, il conclut que son seul choix est d’éliminer les candidats briguant le même poste que lui. Le suspense est ici entièrement au service du thème, à savoir la reconnaissance sociale qu’apporte le travail, et l’altération de toute conscience que peut entraîner sa perte. À ce titre, le constat est aussi mordant qu’aigu et universel.

Devenir un assassin ne s’improvise pas

« Commettre un crime tout seul est incroyablement solitaire et effrayant », explique Man-su à son fils Si-one. Inspiré du roman Le Couperet de Donald E. Westlake, déjà adapté par Costa-Gavras (2005), voilà un savoureux mélange de Noblesse oblige (1949), pour les meurtres, et de Chute libre (1993), pour la dépression du héros. Comment faire face quand on est licencié, alors que le système social fait du travail le nec plus ultra du respect que l’on vous porte ? Sans compter le patriarcat ancestral qui vous humilie et vous fait culpabiliser si vous échouez. La réponse amènera notre héros à découvrir qu’il est plus facile de « tuer » symboliquement un concurrent que « pour de vrai ».

Connu pour ses positions radicales qui lui valurent d’être placé sur liste noire dans son pays entre 2016 et 2017, le réalisateur a choisi d’enrober son propos d’une ironie jubilatoire dans les dialogues comme dans les situations, tirant parfois jusqu’à l’absurde. Équilibrant subtilement les contraires — le meurtre et l’entraide, la trivialité et le romantisme, l’idéal et le réel — et jouant sur les allégories — un mal de dent trahissant un mal dedans —, il dynamite ainsi les conventions sociales, faisant par exemple de l’épouse Mi-ri la personne sensée du couple, dans ce pays où prime la virilité. Porté par une musique d'une grande variété signée Cho Young-wuk, et sous réserve d'accepter la durée du film, il en ressort un conte narquois et réjouissant où le crime paie dès lors qu’il est couvert par l’amour familial et les bonnes intentions.

Aucun autre choix, sortie dans les salles le 11 février 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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