[critique] The Mastermind : Un film de casse à contre-emploi
Tête de proue du cinéma indépendant américain, Kelly Reichardt revisite le film de braquage. Elle subvertit les codes du genre et en éconduit les clichés, optant pour un autre geste, celui du dépouillement. Une réussite.
Massachusetts, 1970. James Mooney (Josh O’Connor) est un jeune enseignant et père de famille. Las de sa vie, il se met en tête de devenir un escroc, spécialisé dans le trafic d'œuvres d'art. Encore amateur, il fait ses armes en commettant des larcins plus ou moins modestes. Un jour, il se donne pour objectif de dérober quatre tableaux dans un musée. Sur le papier, son plan semble parfait. Mais le jour du casse, rien ne se déroule comme prévu.
Avec The Mastermind, Kelly Reichardt continue de réinvestir les genres cinématographiques. Après le thriller (Night Moves), le buddy movie (Old Joy), le western (First Cow), ou encore les portraits croisés (Certaines femmes), la cinéaste s'essaie au film de casse et de cavale.
Raconter l'Amérique, encore et toujours
Les habitués de son cinéma reconnaîtront le mode d'emploi. Au-delà de son élément de nouveauté (le genre), The Mastermind s'inscrit dans un grand projet : celui de raconter l'Amérique, ses territoires, mais aussi ses mythes et ses fantômes. Un tel programme dévie ainsi de ce à quoi l’on pourrait s’attendre pour un film de ce genre. Par un subtil effet de glissement, le braquage orchestré cède la place à un récit plus dramatique et intime – la fuite d'un homme isolé et poussé dans ses retranchements. La petite histoire va, elle aussi, s'effacer au profit de la grande : la guerre du Vietnam et l'impérialisme américain.
Fidèle à son style, la réalisatrice s'appuie sur une mise en scène anti-spectaculaire, dépouillée de tout artifice clinquant. La caméra capture l’apparente banalité du quotidien, tout en révélant son épaisseur par un soin particulier aux détails : à la télévision, dans la rue, ou même au détour d'une conversation anodine, on comprend que la guerre accable les esprits. L'écriture, quant à elle, s'emploie à déjouer les archétypes et les codes attendus : loin des descriptions un peu machistes habituelles, le protagoniste a davantage des airs d'intello gringalet ; et les scènes d'action brillent par leur quasi-absence ! C'est là toute la magie du cinéma de Kelly Reichardt : en faisant un pas de côté, la cinéaste propose des contrechamps incisifs pour mieux affiner le portrait – poétique et politique – de son pays. Un pays qui, on le devine, ne cessera jamais de dérailler.
The Mastermind, sortie en salles le 4 février 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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