[critique] Hamnet : L'amour au temps du choléra

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Chloé Zhao, réalisatrice reconnue tant pour ses films intimistes que grand public, dresse un portrait étonnant du grand dramaturge anglais, mais surtout de celle dont on ne parle pas, loin de Londres et de la scène.

Hamnet débute dans une forêt. Nous découvrons Agnès, jeune femme en harmonie avec la nature. Elle aime passer du temps à l’extérieur, en symbiose avec le vivant, tout comme sa mère avant elle. Sa rencontre avec William, professeur fauché, propulse le récit dans une réécriture habile et sensible de la véritable histoire de Shakespeare, ici en proie à un deuil particulièrement cruel.

Chloé Zhao, réalisatrice reconnue tant pour ses films intimistes que grand public, dresse un portrait étonnant du grand dramaturge anglais, mais surtout de celle dont on ne parle pas, loin de Londres et de la scène. Si l’on comprend vite quelle est l’identité du personnage de William, l’accent est mis sur cette femme qui élève presque seule ses enfants, et doit faire face au sort qui arrache l’un d’entre eux à la vie. Cette fatalité habite chaque scène du film, dans l’absence presque douloureuse du père parti pratiquer son art dans la capitale, loin de cette famille qui semble l’encombrer. La majesté de la forêt prend alors des atours dramatiques, la mort rôdant tapie dans l’ombre, prête à faucher l’un de ses enfants, dans une angoisse palpable.

On retrouve tout ce qu’on aime chez Chloé Zhao, autrice subtile et surprenante, dans l’écriture ciselée des personnages comme dans cette pointe d’onirisme planant sur eux, contrebalancée par une atmosphère bien plus réaliste dès que l'on s’éloigne de la campagne anglaise pour rejoindre Londres et les planches des théâtres. À cette occasion, l’espace de quelques instants, le film se transforme, mettant finement en lumière le rôle que peut jouer l’art dans la lutte des humains face au deuil, et, plus généralement, aux traumatismes de l’existence. Cette dimension vient d’ailleurs complexifier le personnage du père, William, jusqu’ici très effacé, voire lâche.

Un casting impeccable

La réussite du film, doublement récompensé aux Golden Globes, tient également au choix des interprètes, et notamment du magnifique duo qui occupe le cœur du récit. Paul Mescal s’impose une fois encore comme un interprète hors pair, désarmant de sobriété et de simplicité dans le rôle du dramaturge. Jessie Buckley et Emily Watson restent quant à elles en mémoire longtemps après avoir vu le film, tant le courage de leurs personnages et l'intensité de leur présence sont absolument remarquables. Chloé Zhao réinvente finalement Hamlet en le recentrant sur tout ce qui fait la beauté de la création en général : la vie, foisonnante, violente, étrange, triste parfois, injuste souvent, mais toujours passionnante.

Hamnet, sortie dans les salles le mercredi 21 janvier 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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