[critique] Gourou : Le vertige narcissique d’un prophète du vide

© Wy Productions - Ninety Films – Studiocanal – M6 Films - Photographe Jérome Prébois

Après l'imposture littéraire d'Un homme idéal et la paranoïa de Boîte noire, Yann Gozlan retrouve Pierre Niney pour prolonger cette « trilogie du contrôle ». Avec Gourou, il s'attaque à une fiction plus insaisissable encore : celle du soi, promue, vendue et ingérée par une société obsédée par le bien-être.

Depuis plus d'une décennie, Yann Gozlan peaufine dans ses œuvres la mécanique de l'homme acculé, dont la réussite de façade se craquelle jusqu'à une paranoïa hors de contrôle. Gourou nous propulse encore une fois dans l'arène électrique de Mathieu Vasseur, un patronyme que le cinéaste fait revenir de film en film, comme si, derrière des trajectoires différentes, persistait une seule et même figure changeant simplement de visage.

Dans Un homme idéal, ce premier Vasseur se rêvait écrivain en usurpant l'œuvre d'un mort. Dans Boîte noire, le nom s'incarnait en acousticien surdoué, happé par une quête de vérité technique si obsessionnelle qu'elle le coupait des autres. On le retrouve dans Gourou, en coach de développement personnel : messie en baskets blanches qui vend à des foules hypnotisées l'illusion que la volonté peut tout.

Pierre Niney ou l'inquiétante étrangeté

Yann Gozlan excelle dans sa capacité à filmer la parole comme une arme balistique. Véritable architecte de l'image, le réalisateur signe une mise en scène géométrique dont l'aseptisation épouse parfaitement son sujet. Il capture l'univers du coaching, ce monde de surfaces lisses, de sourires blanchis et de costumes cintrés, avec une froideur chirurgicale qui installe un malaise durable. Au centre de ce dispositif, Pierre Niney livre une performance d'une physicalité impressionnante, oscillant perpétuellement entre le charisme solaire du prédateur et la fébrilité du gibier traqué. Il n'est en réalité rien de plus qu'un homme-miroir, comme une surface réfléchissante qui ne renvoie aux autres que leurs propres névroses.

Le scénario a l'intelligence de ne pas faire de son « gourou » un simple escroc cynique, mais plutôt un croyant fanatique de sa propre légende. Le film glisse alors du portrait sociétal au thriller psychologique, disséquant comment la rhétorique du « quand on veut, on peut » se mue en une toxicité virale, contaminant l'entourage du héros avant de le dévorer lui-même. En auscultant les dérives de la pensée positive et de la solitude moderne, Yann Gozlan signe un thriller glacé qui questionne notre soif d'idoles.

Gourou, sortie dans les salles le 28 janvier 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Fidèle à ses obsessions stylistiques, le cinéaste danois Nicolas Winding Refn signe une œuvre futuriste, à mi-chemin entre la science-fiction, l'épouvante et l'érotisme. Une œuvre aussi fascinante que polarisante.

Publié le 14 septembre 2026 [Cinémas]

Pour son quatrième long-métrage, Géraldine Nakache abandonne la comédie légère qui a fait sa renommée pour un drame implacable sur l’emprise conjugale. Portée par une Monia Chokri habitée, cette œuvre bouleversante frappe par sa justesse et sa portée féministe.

Près de cinq ans après son premier long-métrage (Les Amours d'Anaïs), la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet signe un drame subtil aux accents existentialistes. Le tout porté par une magistrale Léa Drucker.

Publié le 31 août 2026 [Cinémas]

Dans un village de montagne où tout le monde semble étrangement heureux, un adolescent possède le pouvoir d'absorber la souffrance des autres. Présenté hors compétition à la Mostra de Venise, The Holy Boy permet à Paolo Strippoli de confirmer son goût pour un cinéma fantastique aussi inquiétant qu'émouvant.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !