Le Testament d'Ann Lee : Et Dieu créa la femme
Au XVIIIe siècle, Ann Lee vit parmi la population pauvre de Manchester. Très vite, une vocation religieuse l’anime, et la rencontre avec les « Shakers » l’entraîne dans les contrées reculées des États pas encore unis. Le Testament d’Ann Lee retrace son périple dans une fresque magistrale.
Le film de Mona Fastvold s’intéresse à une figure mystique méconnue, laquelle, pourtant, a bel et bien existé et a initié un culte religieux prônant une égalité des sexes et des êtres. La réalisatrice a retrouvé les textes des hymnes shakers, et à partir d’eux, a réinventé les mélodies et les mouvements qui les accompagnaient. Les nombreuses chorégraphies de groupes, auxquelles se mêlent les chants recréés par le compositeur Daniel Blumberg (Oscar de la meilleure musique pour The Brutalist), font naître des moments de ferveur collective d’une grande puissance cinématographique.
La mise en scène est sublimée par l’utilisation de la pellicule (et non du numérique, désormais la norme) qui donne une vibration particulière à la chair comme aux matières. L’attention portée au travail de l’image renvoie à une histoire picturale évoquant les œuvres du Caravage, de Vermeer ou de William Hogarth. Le Testament d’Ann Lee est ponctué de magnifiques tableaux vivants.
L’humanité en héritage
Le scénario, coécrit avec Brady Corbet (réalisateur du multirécompensé The Brutalist) mêle brillamment la vie d’Ann Lee, la construction de la communauté des shakers, et la création politique des États-Unis. Le petit groupe s’installe en Nouvelle-Angleterre, en affichant une volonté de cohabitation pacifique avec les autochtones et une franche opposition à l’esclavage. Le film de Mona Fastvold met en scène, à travers l’histoire singulière de cette femme, une utopie qui invite à regarder autrement la construction de ce pays : la vie d’Ann se tisse dans l’étoffe de la grande Histoire, dont elle voulait recoudre les accrocs. L’Histoire ne se récrit pas, mais le film nous offre les possibles que « Mère Ann » a laissés en suspens au bord du chemin. Le Testament d’Ann Lee nous invite à danser et chanter ensemble pour célébrer les beautés du monde et repousser toute violence, toute forme d’oppression. Un beau film féministe et politique.
Le Testament d'Ann Lee, sortie dans les salles le 11 mars 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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