[cinéma] Le Virtuose : Virtuose le jour, bandit la nuit

© 2024 Black Bear/Alan Markfield

Daniel Roher signe un premier long-métrage de fiction au cœur duquel un accordeur de piano atteint d'hyperacousie fait de son oreille absolue un instrument criminel. Un thriller qui charme autant pour sa simplicité narrative que pour sa conception sonore.

Doté d’une ouïe exceptionnelle doublée d'hyperacousie, Niki (joué par Leo Woodall, précédemment aperçu dans Bridget Jones : Folle de lui) accorde des pianos pour le compte d'Harry (Dustin Hoffman). Lorsque la santé physique et financière de ce dernier se dégrade, le jeune homme décide de s'associer à des criminels, spécialisés dans le cambriolage de coffres-forts… Avec une efficacité indéniable, le premier film de Daniel Roher s'amuse à reprendre les codes du genre (ici, ceux du thriller et du film de braquage), sans forcément chercher à les subvertir. Le résultat est un divertissement aussi ludique que réconfortant.

Un film de sound design

« C’est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures » dit l’adage, et force est de constater que la prévisibilité du récit ne fait jamais défaut au long-métrage. S'appuyant sur un certain nombre d'atouts – un scénario solide, une distribution convaincante, des personnages attachants, ainsi qu'un certain sens du rythme –, l'ensemble surprend davantage par ses choix formels, parmi lesquels son design sonore. En effet, ce qui impressionne avec Le Virtuose, c'est son aspect immersif : l'hyperacousie et l'ouïe hors normes de Niki servent à la fois d'argument narratif et de dispositif. Des sons étouffés jusqu'au silence total, Daniel Roher multiplie les effets, non pas dans une optique de gratuité esthétique, mais pour transfigurer le statut et les états d'âme du protagoniste.

Aussi bien privilégié qu'handicapé par son ouïe, Niki est en lutte avec son isolement social et son effondrement moral. La répétition, voire la ritualisation de ses activités, qu'elles soient officielles (l'accordage des pianos) ou criminelles (le piratage des coffres-forts), prend une dimension presque récréative, tandis que le fil romantique du film dévoile une réalité plus douloureuse. Ancien prodige du piano, mis en échec par son trouble auditif, Niki s'éprend d'une brillante musicienne (Havana Rose Liu), aspirante compositrice. Peu à peu, la romance s'accompagne de zones d'ombre : l'envie, la jalousie, ou encore le sentiment d'injustice. In fine, c'est par sa conception sonore exceptionnelle que Le Virtuose donne à éprouver toutes ses nuances.

Le Virtuose, sortie dans les salles le 27 mai 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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