[critique] Notre histoire – Chroniques du Caire : Quand les petites histoires rejoignent la « Grande »

Maverick Distribution

Comment devenir pianiste virtuose dans les années 1970 quand votre famille préfère le football et que, de guerres en changements de régime, votre pays perd ses illusions ? Entre drames et comédie, un film admirable sur la mémoire.

Au Caire, Ahmed se rêve pianiste virtuose. Il s’exerce sur un clavier aussi désaccordé que son entourage. Il y a la mère qui râle pour avoir une cuisinière neuve. Le père, fonctionnaire timoré qui veut regarder ses matches de foot en paix avec son fils cadet. Mais aussi cet oncle chômeur réputé porter la poisse qui se dispute avec cet autre, donneur de leçons. Et le voisin du dessus qui hurle pour avoir le silence ! Seuls son frère aîné et sa correspondante autrichienne apportent à Ahmed un peu d’harmonie. De Nasser à Moubarak via Sadate, une comédie universelle, pétillante et grave à la fois, reliant, tel un album de famille, drames et bonheurs intimes à la « grande » Histoire.

« Tout arrive au bon moment » (le Président Moubarak)

« On s’est échappés », dit Ahmed à Liz, sa correspondante autrichienne. Tel est l’enjeu pour les deux amoureux : fuir. Un but qui nous interroge tous. Comment s’émanciper de l’Histoire qui nous enferme dans ses soubresauts au point d’imposer sa loi à notre mémoire ? (Qui ne se souvient, par exemple, de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001 ?) D’une famille qu’on aime mais qui vous impose des rancœurs dont on a oublié les origines, ou qui vous enracine dans ses traditions au mépris du temps qui passe ? D’un père qui édicte ses préjugés xénophobes car « les oiseaux et les poissons ne font pas bon ménage » ? D’un proche qui vous snobe pour une raison futile (ici, une photo de lui avec Nasser) ?

Nous avons tous nos anecdotes sur telle personne ou tel moment qui nous émeut encore, pour le meilleur et pour le pire. Abu Bakr Shawky aborde ces thèmes dans une tragi-comédie joyeuse et touchante. Les situations s’enchaînent, se nouent et s’épanouissent en cinq chapitres, à l’ombre d’un humour tonique que rythment des mélodies populaires et classiques revigorantes. À travers sa famille cairote, c’est en fait tout le peuple égyptien, ballotté de faux espoirs en vraies désillusions, qu’il honore, égratignant même la condition des femmes avec Fairouz, la mère, laborieuse et tenace, tenant tête à un mari influençable sous ses airs autoritaires. « Soyez singulier, vous serez universel », dit-on. Ce film solaire célébrant la culture et la transmission en est la preuve.

Notre histoire – Chroniques du Caire, sortie dans les salles le 1er juillet 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Du 22 juillet au 16 août 2026, le festival de cinéma en plein air de La Villette revient pour une 35e édition placée sous le thème « L'Appel de la forêt ».

Publié le 20 juillet 2026 [Cinémas]

Derrière les rideaux de la salle Richelieu, la troupe du Français se révèle sous un autre jour. Une comédie au ton juste, compacte et parfaitement cadencée, qui rappelle combien les coulisses sont parfois aussi captivantes que la scène elle-même.

Le 15 juillet 2026, Le crime était presque parfait d'Alfred Hitchcock est ressorti au cinéma dans une version restaurée en relief 3D, dans les conditions mêmes de projection imaginées par le cinéaste en 1954, à l'initiative de La Filmothèque du Quartier Latin.

Le chassé-croisé drôle, violent, absurde et émouvant de personnages en mal d’identité, autour d’un magot planqué qu’une brute veut récupérer. Entre traumatismes d’enfance liant frères et sœur, et violence empreinte du souvenir des Vikings.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !