[critique] Her Private Hell : Poupées de chair et de sang

© The Jokers Films

Fidèle à ses obsessions stylistiques, le cinéaste danois Nicolas Winding Refn signe une œuvre futuriste, à mi-chemin entre la science-fiction, l'épouvante et l'érotisme. Une œuvre aussi fascinante que polarisante.

Dévoilé hors compétition au dernier Festival de Cannes, Her Private Hell se déroule dans un Tokyo futuriste où règnent le danger et la violence. Alors qu'Elle (Sophie Thatcher) est sur le point d'entamer le tournage d'une adaptation cinématographique d’une bande dessinée de science-fiction en compagnie de sa belle-mère (Havana Rose Liu), une mystérieuse brume engloutit la ville, matérialisant une entité meurtrière couverte de cuir et de diamant. Les premières minutes du film confirment les attentes : maître de l'esthétique tantôt acclamé, tantôt controversé, Nicolas Winding Refn (Pusher, Drive, Only God Forgives, The Neon Demon) entend bien perpétuer sa réputation.

Recherches esthétiques

Dans son cinéma, l'évidence réside dans la prédominance de la forme sur le fond. Autrement dit, l'image primera toujours sur la narration. Au même titre que ses prédécesseurs, Her Private Hell reprend ainsi fidèlement l'esthétique hypersophistiquée, fantasmatique et fétichiste par laquelle le réalisateur danois s'est maintes fois illustré. L'intrusion des genres, et notamment le cinéma bis, confirme même quelques-unes de ses influences (Federico Fellini, David Lynch, ou encore le giallo italien) tout en introduisant d'autres dialogues cinématographiques – difficile de ne pas penser au cinéma de Bertrand Mandico.

Reste à identifier l'intention et la finalité de cette direction artistique... Par sa manière de représenter ses héroïnes, de les déshumaniser, et de les emprisonner dans des décors aux allures de boudoirs ou de maisons de poupées, le film questionne la condition féminine – dans le récit, mais aussi dans le cinéma d'une manière plus générale – à l'aune du regard masculin : le fameux male gaze. Lequel se retrouve dévoilé et trahi par ses propres outrances. Assurément, là se trouve le geste de Nicolas Winding Refn : rechercher la laideur dans la beauté ; la grâce dans l'horreur ; la volupté dans la violence. Sa nouvelle œuvre s'inscrit bel et bien dans une entreprise nihiliste de mise à nu, et non dans une posture morale ou éthique visant à déconstruire ou à dénoncer. Quelque part entre les excès maniéristes et le récit dépouillé, il y a une vacuité parfaitement assumée et profondément hypnotique. Une vision de cinéma qui se plaît à perturber.

Her Private Hell, sortie dans les salles le 23 septembre 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Neuf ans après Faute d'amour, Prix du jury à Cannes en 2017, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev est de retour avec une relecture libre et contemporaine de La Femme infidèle de Claude Chabrol. Un coup de maître récompensé par le Grand Prix lors de la 79ᵉ édition du festival.

Publié le 5 octobre 2026 [Cinémas]

Isabelle Huppert en figurante que personne ne remarque : le point de départ est déjà savoureux. Avec Ni vue, ni connue, Marc Fitoussi réunit sa complice de Copacabana et Sandrine Kiberlain dans une comédie piquante sur les coulisses du cinéma et le désir de trouver sa place.

1940. Pétainiste convaincu, Henri Marre arrive à Vichy, décidé à se faire une place dans le régime naissant. De déconvenues en promotions, il prendra une part active à ses crimes. Présenté à Cannes cette année, le grand film tant attendu sur la Collaboration.

Publié le 14 septembre 2026 [Cinémas]

Pour son quatrième long-métrage, Géraldine Nakache abandonne la comédie légère qui a fait sa renommée pour un drame implacable sur l’emprise conjugale. Portée par une Monia Chokri habitée, cette œuvre bouleversante frappe par sa justesse et sa portée féministe.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !