[critique] Minotaure : L'effondrement d'un couple et d'un monde

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Neuf ans après Faute d'amour, Prix du jury à Cannes en 2017, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev est de retour avec une relecture libre et contemporaine de La Femme infidèle de Claude Chabrol. Un coup de maître récompensé par le Grand Prix lors de la 79ᵉ édition du festival.

Bien qu'en exil en France depuis une dizaine d'années, Andreï Zviaguintsev (Elena, Léviathan, Le Bannissement) n'a pas fini de raconter son pays. Séparé de son scénariste historique Oleg Negin, il signe avec Simon Liashenko la réécriture d’un classique du cinéma français de 1969, déjà réadapté en 2002 par Adrian Lyne avec Unfaithful.

Nous sommes en 2022 : dans une ville de province, en Russie, Gleb (Dmitri Mazourov), chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina (Iris Lebedeva) et leur fils adolescent. Confronté à des problèmes professionnels croissants, et faisant face à un monde de plus en plus instable, son quotidien bascule dans l'aliénation et la violence.

Radiographie de la bourgeoisie russe

Dans cette version actualisée, Andreï Zviaguintsev convoque néanmoins cette manière toute chabrolienne de capturer la sauvagerie et la brutalité des êtres, refoulées sous des apparences lisses et trompeuses. Et ce, pour mieux la tendre, tel un miroir, à la bourgeoisie russe. Les premiers temps de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, puis la déconnexion politique des élites, constituent autant de menaces qui précipitent le naufrage du couple bourgeois. De loin comme de près, l'affaire a tout d'une tragédie grecque, à laquelle le réalisateur appose son style : on retrouve son attachement au formalisme – plus que jamais, sa mise en scène est d’une maîtrise impressionnante – tout autant que son pessimisme parfaitement assumé.

Mais ici, le curseur du cynisme semble placé encore plus loin que dans ses œuvres précédentes, signifiant, si le doute était encore permis, que la guerre indique un point de non-retour pour le cinéaste comme pour son pays natal. Ainsi, Minotaure déroule, au fil d'un scénario habilement construit, une galerie de personnages dont les traits antipathiques et l'opacité morale sont minutieusement auscultés. Si une telle panoplie a de quoi démoraliser certains spectateurs non avertis, elle n'en reste pas moins le plus édifiant des diagnostics. Lequel est dressé par un auteur qui, par l'exil, a entériné sa dissidence sans pour autant parvenir à se libérer de ses fantômes. Il y a dans ce geste cinématographique et politique une complexité au moins aussi passionnante que les images qu’il produit.

Minotaure, sortie dans les salles le 14 octobre 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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