[critique] Wild Horse Nine : Mourir peut attendre
Quatre ans après Les Banshees d'Inisherin, le cinéaste britanno-irlandais Martin McDonagh continue d'explorer l'amitié masculine sur fond de complots, de coup d'État et de maladie grave. Le résultat ? Une œuvre tragi-comique aussi incisive qu'attendrissante.
À quelques semaines du coup d'État chilien de 1973, dont ils sont les acteurs de l'ombre, deux agents de la CIA, Chris (John Malkovich) et Lee (Sam Rockwell), sont envoyés en vacances à Rapa Nui (l'île de Pâques) par leur supérieur MJ (Steve Buscemi). Mais il est difficile pour eux de profiter du cadre paradisiaque et des emblématiques moaï. D’abord, Lee est préoccupé car son partenaire, atteint d'un grave cancer et las de la vie, lui a demandé de l'occire pendant ce fameux séjour. De son côté, Chris se prend d'intérêt pour Monica (Mariana Di Girólamo), une étudiante chilienne et fervente socialiste. Dès lors, Wild Horse Nine déroule un programme qui tire parfaitement profit de son mélange des genres et des registres.
Bons baisers de Rapa Nui
De la fiction historique à la comédie noire, en passant par le film d'espionnage, le vaudeville, le road-movie crépusculaire et la satire politique, Martin McDonagh procède à des mariages complémentaires par lesquels il raconte l'impérialisme américain, ou encore l'impossibilité d'un monde fondamentalement démocratique. Mais ce qui l'intéresse réellement ici, c'est l'amitié qui lie ses deux protagonistes masculins. À l'aune de la fragilité et de la finitude des existences, l'humeur générale est à la mélancolie et à l'introspection. Et aussi à la fracture. Très souvent, l'humour des personnages va alors opérer comme un écran de fumée, voire comme un outil de désamorçage.
Dans les grandes lignes, la trame du film évoque celles de Bons baisers de Bruges (2008) et des Banshees d’Inisherin (2022), deux de ses précédents longs-métrages – portés par un même duo d'acteurs : Brendan Gleeson et Colin Farrell. Le geste est le même : le récit alterne des moments de pure comédie et des plages plus ambigües, plus grises, plus dramatiques. Pour incarner ce geste comme il se doit, le cinéaste réunit quelques fleurons du cinéma indépendant américain : outre les excellentes partitions de John Malkovich et de Sam Rockwell, on retrouve l'irrévérencieux Steve Buscemi, mais également les désormais trop rares Tom Waits et Parker Posey, dans deux rôles secondaires qui semblent avoir été écrits sur mesure.
Wild Horse Nine, sortie dans les salles le 4 novembre 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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