[critique] Quelques mots d'amour : Les ravages de l'abandon
À travers la quête éperdue d’une adolescente pour retrouver son père, Rudi Rosenberg signe une chronique sociale bouleversante. Porté par Hafsia Herzi et la révélation Nour Salam, Quelques mots d’amour explore avec une précision horlogère l’impact des secrets familiaux sur la construction de l’individu.
Au début des années 2000, une mère célibataire élève ses deux enfants, nés de deux unions différentes. Sa fille aînée manifeste très tôt le désir de rencontrer l’homme qui lui a donné la vie. Une volonté qui, au fil des années, se transforme en véritable obsession, jusqu’à la pousser, à l’adolescence, à tenter le tout pour le tout.
Près de 11 ans après son premier long-métrage Le Nouveau, Rudi Rosenberg s’empare à nouveau d’un sujet délicat, dont il tire un récit à la fois très enlevé mais aussi d’une grande acuité psychologique. Car derrière la quête d’un père, ce que cherche profondément Abigaëlle, c’est affirmer sa singularité au sein de sa famille tout entière. Le cinéaste montre les ravages que peuvent provoquer l’abandon et l’accumulation de non-dits sur une personnalité en formation, sans jamais réduire ses personnages aux décisions qu’ils ont prises. Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026, Quelques mots d’amour ose ainsi jouer la carte des grands sentiments, tout en s’interdisant une seule seconde de verser dans le pathos.
Une affaire de perceptions
Ce qui frappe avant tout dans Quelques mots d’amour, c’est la justesse avec laquelle Rudi Rosenberg confronte les perceptions de l’adolescente à celles des adultes qui l’entourent. Quand Abigaëlle reste persuadée que son père l’attend quelque part, tout son entourage, à commencer par sa mère, sait parfaitement qu’il n’entend maintenir aucun contact. Cette justesse repose également sur une direction d’actrices impeccable, inspirée du cinéma d’Abdellatif Kechiche.
Après avoir incarné une fille pleine de fougue dans La Graine et le Mulet, Hafsia Herzi campe cette fois une mère aimante, mais maladroite dans l’expression de ses sentiments, tandis que la jeune Nour Salam, teigneuse et forte en gueule, évoque par sa verve Sabrina Ouazani dans L’Esquive. Ensemble, elles donnent toute sa force à ce récit sur le besoin de connaître ses origines et sur les blessures que les adultes peuvent, consciemment ou non, transmettre à leurs enfants. Rudi Rosenberg signe ainsi un film en forme de cri du cœur, qui a la noblesse de toucher sans jamais manipuler les sentiments des spectateurs.
Quelques mots d'amour, sortie dans les salles le 28 octobre 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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