[critique] Notre salut : Le portrait sans fard d'un collabo

Swann Arlaud dans Notre salut © Condor Distribution

1940. Pétainiste convaincu, Henri Marre arrive à Vichy, décidé à se faire une place dans le régime naissant. De déconvenues en promotions, il prendra une part active à ses crimes. Présenté à Cannes cette année, le grand film tant attendu sur la Collaboration.

C'est dans l'effervescence du vichysme naissant que l'auteur plonge son protagoniste (son propre arrière-grand-père, à la correspondance duquel s'adosse le film), partisan de Pétain résolu à y trouver sa place. De la relativisation des crimes commis par d'autres à la part active prise aux lois de l'occupant, puis au « dépassement de fonction », c'est dès lors moins un basculement qu'un glissement que chronique Notre salut.

Évitant les pièges de la reconstitution muséale, le film veille ainsi à faire des personnages non des camarades, ni des figures-repoussoirs, mais des semblables, des contemporains d'hier. Car Notre salut ne relève pas davantage du sale petit secret dévoilé en place publique, ni de la thérapie familiale. Ce que permet l'ancrage biographique du récit, ce qu'il y puise des documents de première main, c'est que les actes d'Henri parlent d'eux-mêmes, éclairent un régime qui, en retour, les éclaire. Henri Marre croyait fuir sa débâcle dans Vichy ; il ne fait que l'y prolonger. C'est que la France de la Collaboration, comme les régimes coloniaux, constitua, pour des cohortes d’âmes égarées minées par le ressentiment, une terre d'opportunités.

Saisir l'Histoire en marche

En optant pour un cadre le plus souvent serré, l'auteur, Emmanuel Marre, non seulement se permet une certaine économie dans les moyens déployés, mais trouve également à figurer la gangue humaine, l'enclos décisionnel en action. Et bat en brèche deux idées tenaces. À la première, qui voudrait que l'Histoire soit le seul fait des gouvernants, il en oppose une autre : chacun est l'agent actif d'un temps qui tout à la fois le produit. Il n'y a pas de Français moyens, de quidams exemptés d'Histoire. La seconde supposerait que plane un grand mystère sur la conduite des Hommes en temps troublés ; une petite lâcheté, un virage mal négocié, une appréciation erronée des événements, et nous voici embrigadés, mais nous ne pensions pas à mal... Idée qui n'exonère pas tant les personnages de leurs actes, que les cinéastes de travailler à en saisir les rouages. Après le magnifique Rien à foutre (2021), écrit et co-réalisé avec Julie Lecoustre, Emmanuelle Marre signe une grande œuvre tant attendue sur la France de Vichy.

Notre salut, sortie en salles le 30 septembre 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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