[critique] La Vie d'une femme : Portrait de femme à cœur ouvert
Près de cinq ans après son premier long-métrage (Les Amours d'Anaïs), la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet signe un drame subtil aux accents existentialistes. Le tout porté par une magistrale Léa Drucker.
Chirurgienne et cheffe de son service dans un hôpital public, Gabrielle (Léa Drucker) est une bourreau de travail tout autant qu'une femme particulièrement sollicitée dans sa vie privée. Son compagnon Henri (Charles Berling), se sentant quelque peu délaissé, se languit de son attention ; sa mère (Marie-Christine Barrault), atteinte d’Alzheimer, n'est quant à elle plus en mesure de vivre seule et autonome. Et un jour, une rencontre ébranle l'équilibre fragile de son quotidien déjà bien chargé et réglé : Frida (Mélanie Thierry), une écrivaine indépendante et charismatique, demande à l'observer dans son milieu professionnel...
Tempêtes intérieures
Charline Bourgeois-Tacquet découpe son récit en plusieurs chapitres et va même jusqu'à le fragmenter en profondeur : la ligne reste chronologique, mais elle est régulièrement parsemée d'ellipses. Ainsi, c'est par des « brins de vie » que le portrait de la quinquagénaire se dessine. Chaque scène, chaque échange, en dévoilent une facette supplémentaire : sa rigueur professionnelle, son sens du devoir, son sens des responsabilités, son abnégation, ou encore son impressionnante résilience émotionnelle face aux différentes charges mentales qui pèsent sur elle.
La force du film tient à sa façon de figurer un basculement intérieur : refusant toute sophistication, et préférant les nuances aux coups d'éclat, la mise en scène s'attache à « simplement » présenter des situations somme toute naturelles, mais dont l'incidence est paradoxalement perceptible. Une rencontre qui redéfinit les contours d'une sexualité, une romance qui entraîne une remise en question plus existentielle, une discorde professionnelle qui cristallise un sentiment d'amertume...
La caméra de Charline Bourgeois-Tacquet et la photo de son chef opérateur Noé Bach (Diamant brut, Little Girl Blue, L'Enfant bélier) s'autorisent à raconter les choses avec un regard féminin, mais surtout, avec une grande proximité. Laquelle rend possible une intimité authentique entre les différents personnages, mais également entre ces derniers et les spectateurs. Au premier plan, Léa Drucker incarne son rôle avec une présence, une justesse et une précision exemplaires. Autour d'elle, le reste de la distribution se révèle tout aussi remarquable et impliqué.
La Vie d'une femme, sortie dans les salles le 9 septembre 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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