[cinéma] Soudain : La vie et rien d’autre
Marie-Lou dirige un EHPAD privé et tente d’y instaurer la méthode de soins « Humanitude ». Elle se lie avec Mari : c’est le début d’une brève mais intense amitié. Un film délicat sur la relation à l’autre, admirablement porté par ses interprètes.
Le récit de Soudain se noue dans la rencontre entre deux femmes, deux cultures, deux langues : l’une est Japonaise, metteuse en scène et philosophe, et se sait condamnée par un cancer ; l’autre est Française, a fait des études d’anthropologie, et vit et travaille auprès de personnes âgées.
Le film accompagne la naissance de leur amitié, saisissant les nuances de son éclosion dans les scènes partagées par Virginie Efira et Tao Okamoto, double prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes. Ryusuke Hamaguchi capte l’invention d’un temps à deux, celui du tâtonnement, des silences, des hésitations ; un temps nécessaire pour aller vers l’autre. Entre séquences intimistes et promenades dans un Paris quotidien et sans clichés, le film construit le rapprochement entre Mari et Marie-Lou comme un instant de grâce au milieu de la trivialité du monde.
« Rendre possible l’impossible »
Au cœur des conversations entre les deux amies, le système capitaliste et sa lente destruction de l’humain par son appropriation du temps et de l’espace. Le corps se montre alors comme un terrain de lutte et de résistance, un enjeu de société que Ryusuke Hamaguchi traite avec sensibilité : en plaçant au cœur du film des personnages affaiblis par l’âge ou la maladie, dépendants, il développe une réflexion profonde sur notre rapport aux autres. Elle se manifeste dans la mise en scène, par le temps et l’espace qu’offre le réalisateur de Drive My Car à tous ceux qui sont dans le cadre : comédiens, figurants, mais aussi résidents d’EHPAD. La caméra capte la douceur et l’attention que l’on donne à l’autre, par opposition à la déshumanisation de l’économie libérale ; elle laisse ainsi naître de bouleversantes scènes de groupes.
Après une fable écologique aux allures de thriller (Le mal n’existe pas), le cinéaste porte à nouveau sur notre époque un regard politique très incarné, en prise avec l’actualité. Malgré un thème difficile, le film rend compte de moments de légèreté, et ne sombre jamais dans le pathos. Il nous encourage simplement à vivre en transcendant le tragique de l’existence.
Soudain, sortie dans les salles le 12 août 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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