[cinéma] The Holy Boy : Le prix d'un sourire
Dans un village de montagne où tout le monde semble étrangement heureux, un adolescent possède le pouvoir d'absorber la souffrance des autres. Présenté hors compétition à la Mostra de Venise, The Holy Boy permet à Paolo Strippoli de confirmer son goût pour un cinéma fantastique aussi inquiétant qu'émouvant.
Hanté par un drame dont il ne parvient pas à se remettre, Sergio Rossetti (Michele Riondino) accepte un poste de professeur d'éducation physique à Remis. Il y découvre que la sérénité des habitants repose sur un rituel secret : chaque semaine, ils viennent étreindre Matteo (Giulio Feltri), un garçon de 15 ans capable de les délivrer de leur peine. En voulant soustraire l'adolescent à l'emprise de la communauté, Sergio risque de réveiller une force que personne ne maîtrise.
Une fable sombre sur le besoin d'aimer
Après A Classic Horror Story et Piove, Paolo Strippoli continue de donner au cinéma d'horreur italien une énergie nouvelle. L'idée est aussi simple que forte : que resterait-il de nous si nous pouvions abandonner nos blessures à quelqu'un d'autre ? Cette question nourrit un récit tendu et profondément émouvant. Les montagnes du Frioul entourent la petite ville de Remis, au cœur du récit, comme les parois d'une prison. Derrière les sourires et les gestes d'affection, le cinéaste révèle peu à peu la perfidie des adultes qui transforment sans vergogne un enfant en remède. L'étreinte, symbole de réconfort, devient alors une image troublante de la dépendance et du pouvoir.
La grande réussite du film tient au lien qui se noue entre Sergio, homme brisé par un profond traumatisme à la recherche d’une seconde chance, et Matteo, adolescent privé du droit de choisir sa vie. Michele Riondino apporte au premier une présence solide, tout en laissant émerger la culpabilité de son personnage. Face à lui, le jeune Giulio Feltri, dont c'est le premier rôle au cinéma, impressionne par un jeu sans artifice. Son visage encore enfantin et son corps déjà en pleine transformation racontent à eux seuls le passage difficile vers l'âge adulte. Paolo Strippoli mêle ainsi le conte, le drame et le fantastique avec une remarquable assurance. Derrière la peur, The Holy Boy défend l'idée qu’une douleur ne doit pas nous enfermer, ni être rejetée sur les autres. Au contraire, l'accepter fait aussi partie de ce qui nous rend humains. Un film généreux et saisissant, qui hante longtemps.
The Holy Boy, sortie dans les salles le 2 septembre 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
Partager cet article sur :
Nos derniers articles
Filmant le trouble des âmes qui passent d’un corps à un autre, Arthur Harari signe une œuvre ambitieuse et désarmante. Porté par Léa Seydoux et Niels Schneider, L’Inconnue explore avec maîtrise les mystères de l’identité dans un récit captivant.
Quelque part en Norvège, les pratiques traditionnelles d'une famille roumano-norvégienne se heurtent aux valeurs laïques, libérales et progressistes de la communauté locale. Cristian Mungiu signe une nouvelle chronique remarquable, d’une grande acuité politique, sociale et religieuse.
Marie-Lou dirige un EHPAD privé et tente d’y instaurer la méthode de soins « Humanitude ». Elle se lie avec Mari : c’est le début d’une brève mais intense amitié. Un film délicat sur la relation à l’autre, admirablement porté par ses interprètes.
Danzuka Yuiga impressionne par la maturité de ce tout premier film qui raconte le Japon de 2025 avec une force saisissante. En moins de deux heures, il réussit à surprendre le spectateur par la puissance de ses images et par une audace qui en font, déjà, un auteur à suivre.




